Mémoire(s)

« Hamlet »  – scène 2 de l’Acte III : Hamlet et Polonius discourent sur un nuage dans le ciel. Il a la forme d’un chameau (« a camel indeed ») ; ou d’une belette (« methinks it is like a weasel ») ; ou encore d’une baleine (« very like a whale »). Ou bien des trois : queue de belette,  dos de baleine et bosse de chameau ? Non, impossible. Le tout prime sur la partie, le flou l’emporte sur le monstre. L’image devient vague et incertaine. Autrement dit le nuage – et à travers lui l’image – n’attend pas le temps pour s’effacer. Le flou est constitutif de l’image : il est l’image en train de devenir image ; la Gestalt et la phénoménologie l’ont montré. Voilà pourquoi « l’archéologie mémorielle » du Poivre Rose est un échec : « Mémoire(s)«  suppose que le temps floute et noircit des images originellement claires et nettes. Chaque numéro est ici entrecoupé d’une photographie différemment détruite pour signifier didactiquement l’oeuvre de Chronos : n’est-ce pas oublier que le grain et le flou – donc l’incertain – font partie de la photographie ? N’est-ce pas aborder la mémoire un peu naïvement ? Dommage, car Le Poivre Rose disposait d’une belle fraîcheur circassienne et burlesque qui déborde largement sa tentative dramaturgique vieillotte.

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