Le post-post-dramatique

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Les millenials sont nés dans le post-dramatique, et le jeune metteur en scène et comédien pragois Michal Hába enfonce le clou. Créé en novembre 2016, son « Ferdinand ! » est inspiré de plusieurs textes de Václav Havel, parmi lesquels « Audience ». Ferdinand Vanek y est ce personnage intello protestataire des années 1970, double littéraire de l’écrivain tchèque.

« À qui l’artiste contemporain s’adresse-t-il aujourd’hui ? » se demande Hába/Vanek, et la question est juste. Bien évidemment, il ne fera que tourner autour du pot de cette interrogation danaïdienne, truffant son monologue, avec beaucoup d’humour, de références à Zygmunt Bauman et à son concept de sociétés liquides. Seul sur scène, ce Vanek contemporain est privé de dialectique : il se lamente de la disparition de l’ennemi (normal puisque c’est la fin de l’histoire et des idéologies) et ne peut trouver sa némésis qu’en lui-même. Hába, avec cette forme un peu mal dégrossie et sentant à plein nez la fraîche digestion des théories post-théâtrales, met tout de même le doigt sur cet enjeu névrotique qui triture sa psyché dans tous les sens – tandis que son corps déambule sur un énorme tapis pelucheux (ah, le confort des temps modernes !). Alors il reste l’alcool et le tabac, avec lesquels il ponctue son discours, poussant la connivence avec sa génération Y en offrant des bières au public qui n’en demandait pas tant ; tandis que derrière lui, sur une estrade, un trio au doux nom de Konzum Kokain Kapitalismus Band délivre ses interventions musicales ultra-clichées : mais dans une époque foutrement post-moderne, il est post-logique de se tourner, maladroitement, vers un passé pourtant orphelin de réponses et de solutions. Václav Havel, déjà, avait compris l’immense désarroi du temps présent. Il ne reste plus qu’à espérer, avec Hába, que « ce spectacle ne deviendra pas ce qu’il est destiné à être : un instrument de masturbation collective ».

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