Fugitive parce que reine

Une reine, deux princesses

Par

Quel meilleur moment que l’orée du mois de juillet pour lire un roman de la rentrée passée, et comprendre ainsi la façon dont il a résonné dans le paysage littéraire de l’année ? S’il est erroné de parler d’une année spécifique parce que marquée du sceau de l’hommage des auteurs à leurs parents, tant ce geste est ancien et ancré dans l’histoire de la littérature, une tendance s’est tout de même fait sentir. Comme si nos écrivains ces derniers mois s’étaient assis à leur table avec les mots de Proust, de Cohen, de Gide ou de Hugo à leurs mères au bout de leurs doigts, et avec pour certains le talent de parvenir à approcher les maîtres. Ainsi avons-nous pu lire ces derniers temps les odes de Chantal Thomas et de Geneviève Brisac à leurs génitrices, avant de supporter celle d’Édouard Louis à son père. Mais il aura fallu attendre le 11 janvier de cette année pour découvrir le plus beau des gestes, celui de Violaine Huisman, que s’apprête ici à lire Marie Gillain. À l’image de Chantal Thomas, qui célébrait dans « Souvenirs de la marée basse » cette mère impalpable et fuyante, toujours « du côté de ceux qui se déplacent par sauts et gambades », Violaine Huisman dévoile dans ce premier livre une mère qui se tue à vivre, incapable de marcher sans perdre l’équilibre mais douée de cette force folle qui ferait courir les paralytiques. On pense aussi à Justine Lévy, qui, il y a quelques années déjà, dans « Le Rendez-vous », dépeignait cette mère incapable de rien dans une vie qui étouffe ceux qui aiment et les déshabillent de la capacité de vouloir. Mais en fin de compte, on ne pense et ne pensera plus qu’à elle à l’avenir, à Violaine, auteure reine des lettres à l’image de sa mère dans la vie, alors qu’elle fait ici plus que le portrait d’une femme : à travers elle, celui de ses filles. Il est fascinant, bien sûr, de lire la vie et de découvrir les affres d’une femme, de cette femme plus grande, plus belle, plus forte que tout jusqu’à devenir impuissante en tout. Mais l’essentiel n’est pas là. Entre les lignes, partout dans ce roman résonnent le portrait de ses deux enfants et leur cri que laissait paraître leur regard et qui certainement a permis à la mère de se survivre un temps. Ce cri des yeux qui dit à celle à qui il s’adresse « nous nous aimons à la folie pour toute la vie, bordel ! » quand la sœur de Violaine « s’évertuait à faire jurer à maman de survivre la nuit ». Ainsi, c’est la littérature qui se fait. Celle qui parle à tous et qui n’est pas seulement le cri d’un seul à l’être aimé. Celle qui nous fait dire à chacun qu’il fut si difficile, et pourtant si bon, d’être un enfant.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par