DR

 

« On ne peut pas faire violence à la vérité sans que ça tourne mal ». Tracée à la craie blanche sur le mur du fond de scène, cette phrase s’inscrit comme une sentence, persistante et implacable, qui scande les scènes de « A Bergman Affair » par la compagnie The Wild Donkeys. Librement adaptée d’ »Entretiens privés », roman du cinéaste suédois paru en 1997, l’intrigue se déploie autour d’un adultère. Celui d’Anna Bergman, respectable épouse de pasteur et mère de trois enfants qui découvre l’amour et le plaisir auprès d’un plus jeune officiant. Dans une approche toute bergmanienne, Anna se retrouve en proie à la plus épouvantable culpabilité, éprouvée par le poids des préjugés qui pèsent sur elle comme sur son amant, aliénée par un mari obsédé par la morale et la conscience religieuse de leur devoir.

Au plateau, lorsque les comédiens font éclater leurs sentiments, un manipulateur de marionnettes s’empare alternativement de leurs corps tourmentés, donnant un geste à la parole en reprenant les codes du Bunraku japonais. Portés à la scène, certains aspects de l’intrigue peinent à faire pleinement écho en 2019. Les confessions tourmentées d’Anna à son ancien « directeur de conscience » paraissent, par exemple, un brin éculées dans les sociabilités bobo, plus ou moins libérées et a-cléricales du XXIe siècle. La force de ce « Bergman Affair » réside surtout dans la représentation subtile et cinématographique d’un portrait de femme.

Car Olivia Corsini interprète Anna avec une délicatesse ardente. Dans l’intensité de ses silences et ses regards, comme portés en gros plan par la mise en scène de Serge Nicolaï, on lit avec netteté les injonctions contradictoires qui assaillent son personnage, acculé par le remords et l’amour. La question du consentement sexuel, du viol conjugal, de la conquête de son corps et de son propre désir sont ainsi finement abordées. Et sa résilience face à sa vie manquée, son incapacité à se libérer de la domination manipulatrice de son époux et de sa seule assignation à son rôle social de mère, sont, quant à elles, d’une probante contemporanéité.

  • 8
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    8
    Shares

D'autres articles par