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En 1930, Evgueni Schwarz, auteur russe éclairé et sarcastique, a de l’audace : il s’inspire de trois contes d’Andersen pour composer une pièce-brûlot contre la montée des totalitarismes, Hitler et Staline dans le viseur. La prose du « Roi nu » danse sur le fil de la censure. C’est avec le même entrain que la compagnie des Baladins du miroir, célèbre troupe belge, adapte la pièce. Jeu truculent, bouffonnerie burlesque assumée, costumes et attitudes clownesques : est-on face à l’humour belge ? Selon les sensibilités, la mise en scène sera désopilante ou lourde, hilarante mousse drolatique et enivrante pour les uns, indigeste moule-frites difficile à faire passer pour d’autres. L’ambition des Baladins est affichée : faire du théâtre une fête, y convier ceux qui n’y viendraient pas spontanément. Un tel parti-pris, immensément louable, détermine des choix forts de mise en scène : l’énergie extrême frôle parfois l’hirsute, la multiplicité des formes – jeu, chant, danse – peut donner le tournis et laisser insensible les cérébraux minimalistes plus adeptes du second que du premier degré. Il en reste une fable insolente, portée par des comédiens attachants, dont l’engagement intense et foutraque fait exulter le public.

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