Retour à Kinshasa

Au Congo, ces hommes qui luttent

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Le 1er juin a été enterré dans l’indifférence internationale Étienne Tshisekedi, un des plus grands opposants africains. Son combat contre le dictateur Mobutu, puis contre les Kabila père et fils depuis 1997, a permis à l’activisme politique de prendre racine au Congo, le plus grand pays d’Afrique et un des plus peuplés.

C’est cette opposition congolaise que filme avec finesse le réalisateur Dieudo Hamadi dans un moyen-métrage de une heure présenté le 6 juillet à Marseille, « Retour à Kinshasa ». L’immersion auprès de Ben, de Christian et de Jean-Marie, trois jeunes meneurs kinois qui entendent « dégager » Joseph Kabila du pouvoir, prend des airs d’apprentissage émeutier. Ce qui intéresse Hamadi, ce ne sont pas tant les projets d’alternance que la forme de la lutte : pourquoi occuper les lieux trois jours d’affilée plutôt qu’un seul, comment fabriquer des masques antilacrymogènes avec des culs de bouteilles en plastique, se beurrer le visage pour éviter les brûlures, évaluer l’état d’esprit des forces de l’ordre pour avancer ou reculer pendant les manifestations ?

Cela n’empêche pas les débats entre ces militants « d’en bas » d’être de bon niveau. On est surpris par la maturité de cette opposition adulte malgré son jeune âge, déterminée, réfléchie, divisée sur la meilleure stratégie pour mobiliser les masses.

Le film s’attarde sur le quotidien de ces héros anonymes. Sur l’émotion qui les touche. L’épouse qui, au téléphone, demande à son homme de ne pas aller se faire tuer (« Ton fils a besoin de toi »), la vieille femme en larmes devant son petit-fils exilé qu’elle croyait mort, Jean-Marie qui évoque sobrement son emprisonnement, au cours duquel il a failli crever comme un rat, dans un souterrain.

L’intelligence de montage de Hamadi, cinéaste primé à Berlin et à Cinéma du réel pour « Maman Colonelle », son précédent film, consiste à mettre en scène le tragique et la beauté de cette lutte, ses moyens dérisoires donc, sans renoncer aux séquences de violence urbaine qui en font le sens. Et quand les vaillants combattants sont « lâchés » par leur leader de toujours, ce Tshisekedi qui aura tenté jusqu’au bout, mais en vain, de négocier avec le pouvoir, on voit ces hommes désemparés par la dilution de leur action dans des enjeux politiciens où ils ne se reconnaissent plus. Mais déterminés, coûte que coûte, à poursuivre la lutte.

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