© Pierre-Nicolas Despoisse-Chagot

« Tu t’es crue chez Rambert ? » répond-t-il à la logorrhée sublime et boueuse de sa compagne baudelairienne, vêtue de velours vert et d’escarpins vernis, dont le verbe s’inscrit quelque part entre les « étoiles » et la « fosse sceptique. » Signaler cette filiation esthétique est plutôt honnête, tant l’écriture de Vincent Breton est  imprégnée par cet univers dramaturgique, d’abord par la scénographie minimaliste qu’impose le spectacle : deux chaises disposées en diagonales, pour un affrontement conjugal qui se rejoue en quadrifrontal à la surface de la parole. Le second spectacle de la jeune compagnie 15 000 cm2 de peau, issue du Laboratoire de Formation au Théâtre Physique (qui présentera cet été à Avignon une adaptation de la pièce de Mayenburg « Le Moche »), a l’intelligence de réfléchir plus subtilement et dialectiquement que son mentor aux pouvoirs postmodernes du langage lui-même. A l’art d’être Rambert, « Vanité » préfère un théâtre brut et fleuri, certes un peu bavard et explicatif parfois, mais qui a le mérite de consacrer littérairement l’idéal philosophique de son héroïne, grande mystique contemporaine qui conçoit la langue comme une entorse aux masques sociaux et à leurs dérives communicatives. Dans cette parole qui n’entrave plus les ramifications de l’âme mais qui déballe au contraire tout son mystère ontologique, c’est une belle issue que le théâtre offre à l’être et à ses désirs. Les deux comédiens, et particulièrement Claire Duburcq dont la présence irradiante suffit à dépsychologiser la tendre folie de son personnage, servent sobrement et justement un texte très littéraire qui, par son pessimisme final et ses considérations plus convenues sur le destin tragique de nos amours, n’accompagne pas totalement sa politique théâtrale, dont l’étrangeté et le romantisme esquissaient au départ une malicieuse ligne de fuite.

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