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C’est à un « Panorama » géant que nous convie cette fois Philippe Découflé, une grande revue kaléidoscopique dont le kitsch fantastique s’accorde parfaitement à l’éclectisme dantesque de Chaillot. Parmi les entresorts dignes d’un Méliès postmoderne qui hantent les couloirs, on croise un spectateur plus très jeune ravi de déshabiller virtuellement une danseuse à coups de plumeaux. On bouscule une fanfare, des danseurs statufiés, un gnou d’ « Octopus », on s’attarde dans un vieux cabaret en spirale, on glisse quelque mots d’amour sur un arbre à perroquet. « Tout doit disparaître » : injonction cynique et mélancolique, lucide et rêveuse. Qu’ils soient noirs ou blancs, les parcours à la carte proposés aux spectateurs pour cette longue déambulation n’éditent pas autre chose qu’un album de souvenirs, aquarelles flashy et pâlies, dont la désuétude assumée divisera forcément les amateurs de la culture découflesque et ceux qui ne la connaissent pas encore. Loin d’être une pure rétrospective, « Tout doit disparaître » est le livret d’une mémoire inondable, où les gestes éphémères tentent vainement de s’immortaliser dans une capsule radiophonique, où une pièce de 1984 est reconstituée imparfaitement par les danseur.se.s amnésiques de l’époque, où les dispositifs vidéographiques qui démultiplient les corps et éloignent la chair font soudain de la danse une imagerie mélancolique et fondante. On passe de Bourvil à « Let’s dance », d’une nostalgie heureuse à des retrouvailles en fête, sans vraiment butter sur la présence des corps, sans grande curiosité il faut bien le dire, pour ce grand cabaret fantôme qui dans sa générosité oublie d’être encore inventif.

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