Vladimir Jankélévitch, figures du philosophe

Jankélévitch ou la philosophie en action

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Vladimir Jankélévitch, l’un des philosophes les plus radicaux de la Volonté, était un être multiple : philosophe, musicologue, musicien averti, résistant et professeur. La diversité de son œuvre permettait au lecteur de découvrir chacune des facettes de cet écrivain prolifique – ainsi, notamment, « Le Pardon » et « L’imprescriptible » nous laissaient apercevoir le philosophe assumant pleinement ses contradictions ; « La musique et l’ineffable » présentait le musicologue raffiné, et les divers articles sur la résistance et l’antisémitisme portaient la parole d’un homme révolté, dont la définition de Camus lui convenait à merveille : un homme «  qui défend ce qu’il est » et dont la révolte « fracture l’être et l’aide à déborder ». Mais tous ces écrits, comme autant de pièces éparpillées d’un puzzle, ne permettaient pas de saisir l’essence même de cet homme engagé, résolument et absolument, dans l’action.  L’une des grandes qualités de l’exposition « Vladimir Jankélévicth, figures d’un philosophe »,  est de nous montrer précisément l’unité de cet être humain hors du commun, à travers la cohérence et l’évidence qui se dégagent de l’ensemble des photos et documents exposés : les notes manuscrites, comme des hiéroglyphes, sur des centaines de pages, laissent apercevoir les mouvements de la pensée de ce génie, de ce professeur engagé, rigoureux et minutieux (les notes du « cours sur le temps et sur la morale » sont extraordinaires), et c’est cette même sensibilité qui transparaît tant dans la vidéo du Jankélévitch pianiste, spécialiste de Fauré et Ravel que dans les articles et documents relatifs à la seconde guerre mondiale et à l’antisémitisme qui honorent le résistant. Il y a dans cette exposition un « je sais quoi », un « presque-rien », que n’aurait pas renié le « philosophe du paradoxe et de l’ineffable ».

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