Tolkien et la Chute de Gondolin

La Chute de Gondolin
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S’il fallait une raison supplémentaire de s’intéresser à l’oeuvre de Tolkien au-delà de « Bilbo le Hobbit » et du « Seigneur des Anneaux », la publication aux éditions Christian Bourgois de « La Chute de Gondolin » en fournit une de choix.

Inséré dans ce vaste dispositif mythologico-littéraire et posthume qu’est le « Silmarillion » et les autres textes qui lui sont associés (corpus assemblé et publié par le fils de l’auteur, Christopher, en 1977, et plus récemment traduit en français par son petit-fils, Adam), complété par les « Contes et légendes inachevés », ce récit est l’un des tout premiers textes de Tolkien sur la Terre du Milieu. C’est, avec « Beren et Lúthien » et « Les Enfants de Húrin », l’un des trois grands contes fondateurs des premiers âges des légendes tolkieniennes. Sa rédaction primitive date de la Première Guerre mondiale, alors que l’auteur, âgé de vingt-cinq ans, est en convalescence en Angleterre après quelques mois d’une traumatique expérience dans les tranchées picardes, comme en témoigne une lettre envoyée en 1955 à W. H. Auden. Ce n’est donc pas un hasard si c’est le point de départ de ce thème désormais central dans l’oeuvre de Tolkien qu’est le rapport à la mort, et qui apparaîtra en filigrane dans « Le Seigneur des Anneaux ».

Influencé esthétiquement par le victorien et préraphaélite William Morris, « La Chute de Gondolin » est un récit quelque peu empesé et truffé d’archaïsmes ; Christopher Tolkien, comme dans les précédents opus, propose au lecteur plusieurs versions du texte, entre lesquelles il interpose son exégèse et tente de tisser les liens – complexes – entre les différentes étapes de la composition (assurément, cette édition s’adresse à l’amateur éclairé). Mais c’est aussi une plongée épique et fascinante dans l’un des épisodes les plus intenses de la lutte – et de son échec – contre les forces obscures du « Noir ennemi du monde », Melkor/Morgoth. « I do not expect history to be anything but a long defeat », écrivait Tolkien en 1956, vision pessimiste dont le contrepoint paradoxal est la vitalité bouleversante et victorieuse de la littérature.

« La Chute de Gondolin », éditions Christian Bourgois, avril 2019, 20 €.
Illustrations d’Alan Lee.

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