Trouble-fête

La vie d’un grenier de luxe

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Toucans, cacatoès, lions, lézards, habits et jeux d’enfants, poupées et crânes cristallisent la fantasmagorie inquiète de Macha Makeïeff, dont l’exposition« Trouble-fête » complète le triptyque composé par son spectacle « Lewis versus Alice » et son livre« Zone céleste ». Tandis que le clair-obscur de l’exposition assure la dose minimale d’Unheimlichkeit nécessaire à toute rêverie, l’élégante disposition d’objets glanés n’est pas sans évoquer le chic d’une brocante dans le VIIe arrondissement, où, plutôt que des vieux « SAS » et des tasses ébréchées, on croise des animaux empaillés beaux comme chez Deyrolle et d’élégants habits d’enfants sages. Organisée autour de la double figure de Georges, le frère « marginal » – ayant prolongé la demeure de l’enfance – de Macha Makeïeff, et de Lewis Carroll,« Trouble-fête » propose, avec une délicatesse parfois un peu trop esthétisante, de rechercher des âmes dans des objets inertes, d’exposer des choses comme des fragments d’histoires – autant de rabbit holes dans lesquels s’engouffrer : libre à soi d’y rencontrer des échos, de laisser son inconscient s’agripper à un objet. L’exposition, pareille à une « maison pleine d’invités possibles », pourrait être un instantané des rencontres d’Alice ; dommage cependant que celle-ci les ait mises sous vitrine. Mis en scène avec apprêt, les objets évoquent davantage des accessoires décoratifs que des réservoirs d’histoires potentielles. Des extraits de Lewis Carroll ponctuent le parcours, phrases-éloges à l’onirisme de l’enfance, au pays des merveilles qu’il invite chacun à sauver. Makeïeff dit aimer la façon dont les objets poussent aux aveux. La déambulation est belle, poétique, parfois un peu vitrifiée par une conscience trop accrue de ce que peut cette esthétique du bibelot. Reste une superbe salle d’oiseaux dont l’étrange regard pénétrant nous hante longtemps.

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