Les derniers murmures de Lena Herzog

Last Whispers
Par

(c) Lena Herzog

Le projet de Lena Herzog promettait de faire œuvre de la disparition des langues à travers le monde. Il y avait aussi la promesse de parler du changement climatique, puisqu’il accélère l’extinction des populations fragilisées, souvent dernières locutrices de ces langues en danger. L’oratorio aurait été un objet de réflexion pour sensibiliser à ces problématiques, promis comme une véritable « sculpture sonore » en quatre dimensions où le public serait placé en immersion, le tout avec un son de haute technologie diffusé en 8.1… Un programme sophistiqué technologiquement, soucieux de cette érosion de la diversité des langages, d’écologie et politiquement correct. Or, qu’avons-nous pu voir sur la scène du théâtre du Châtelet ?

Au son : une succession de voix parlant des langues inconnues que l’on suppose être celles qui vont bientôt disparaître. Malheureusement, les voix se succèdent les unes aux autres sans que l’on sache ce qu’elles racontent ou pourquoi elles se succèdent. Elles sont soutenues par une sorte de musique « bruitiste » et « ambient » faite de nappes qui cherchent par des effets de basses profondes ou de réverbérations à souligner une gravité diffuse. Mais difficile d’y percevoir une structure ou de suivre une quelconque évolution qui ferait émerger le sens, tant c’est une « image sonore » figée qui nous est donnée à entendre.

À l’image : un film qui commence par une représentation stylisée de la Terre vue du ciel avec à sa surface des points lumineux légendés par des noms inconnus. Il se poursuit par un plan excessivement long qui va constituer l’essentiel du film : une déambulation en forêt quelque part en Occident. Le plan se termine quand la caméra part survoler une famille de cygnes qui déambulent tranquillement sur un étang. Il est difficile d’établir une quelconque intention dans ces images ou de trouver ce qui les relie à l’oratorio lui-même tant elles sont interchangeables avec celles d’un pilote de drone qui se serait fait plaisir en vacances. Entre les intentions affichées dans le programme et ce qui est proposé, au son comme à l’image, l’écart est abyssal, et ces langues qui meurent en silence n’apparaissent là que comme un prétexte.

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