Trissotin ou les Femmes savantes

© Brigitte Enguerand

« Plus que la misogynie, latente ou explicite que Molière fait entendre, c’est cette terreur que provoque chez les hommes l’illimité du désir féminin qui m’a intriguée – ici désir de savoir, de science, de rêverie et de pouvoir – et plus encore le désarroi masculin qui en découle. » Toutes ces notes d’intention sont « belles et bonnes » comme dirait Molière lui-même, mais lorsqu’on les parcourt à la fin d’un spectacle dont la teneur nous a laissé perplexe, on regrette sincèrement que cette lecture de Macha Makeïeff, quoiqu’un peu galvaudée dans de telles circonstances, ne nous soit pas réellement parvenue.

La faute à son cartoon en carton bouilli qui, malgré la belle énergie comique de ses comédien.ne.s, dilue la matière moliéresque dans une éprouvante éprouvette de gags impossibles, parasites et infructueux, qui rendent cette comédie d’intrigue déjà bien farcie tout simplement indigeste et  parfois gênante. Parmi les étagères qui s’écroulent, le toilettage du clébard empaillé, les explosions en chaîne, l’éternel récitatif ridicule du poète travesti, le « silence » que réclame Bélise à sa nièce n’a jamais paru aussi crucial. Il y a pourtant certaines accalmies dans le spectacle de Makeïeff, où le texte résonne enfin, dans des contre-temps tellement décalés qu’ils nous semblent malheureusement plaqués et rasoirs. Le spectacle se serait-il empâté depuis sa création en 2015 ? Pas sûr, si l’on en juge par les applaudissement très nourris qui l’accompagnent encore pour cette reprise à la Scala. Le « public est commode » comme dirait l’autre, et ce n’est pas ce toucan dans son vivarium qui prétendra le contraire, lui qui ne cesse de résister par son silence et son œil alerte aux méfaits véniels de ce théâtre un peu débile, qui se joue des savoirs mais n’épargne pas sa vieille science deschienesque, celle des portes qui claquent et des chips qui craquent entre tous les alexandrins (la tyrannie du gâteau apéritif comme calfateur énergique de la mise en scène contemporaine a visiblement la dent dure), poussière vaguement foldingote, qui ne fait plus rire personne quand les enfants sont grands.

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