© Xavier Cantat

Un maelström, c’est un courant qui broie, un tourbillon qui vous entraîne vers « un abîme plus profond que le puits de Démocrite », pour reprendre la phrase de Joseph Glanvill placée en exergue de la nouvelle de Poe baptisée du nom de ce courant marin. Vera est une jeune fille sourde munie d’implants cochléaires et nous, spectateurs, nous plongeons, grâce à un habile stratagème technique, au cœur de la tempête qui agite ce cœur adolescent. Nous sommes, à l’instar de Vera, coupés du monde sonore et n’entendons plus que les battements de son cœur au milieu de la tornade de ses pensées.

La représentation de l’adolescence et de ses tourments par des acteurs souvent plus âgés que les personnages qu’ils incarnent, est un risque. Le metteur en scène autant que le comédien marchent sur une corde raide qui peut rompre à tout moment et les précipiter dans le gouffre du jeu grand-guignolesque. Par bonheur, Pascale Daniel-Lacombe et Marion Lambert, servie dans son jeu par une scénographie étonnante de Philippe Casaban et d’Éric Charbeau ainsi qu’un magistral travail sonore de Clément Marie-Mathieu, évitent l’écueil et traversent l’orage. On ne peut pas en dire autant du texte de Fabrice Melquiot qui nous a paru bien faible et pour tout dire parfois fort ennuyeux. La révolte adolescente semble cantonnée ici à la plainte d’une élève différente éconduite par le garçon qu’elle aime, aux angoisses d’une jeune fille qui s’interroge sur son identité et qui a des rapports conflictuels avec sa mère. L’insurrection tourne à la jérémiade et Marion Lambert, malgré ses efforts évidents et la qualité de son interprétation, ne parvient pas à sauver le texte de Melquiot qui part à la dérive, entraînant dans son sillage tous nos espoirs.

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