En attendant Godot

« Tu crois que Dieu me voit ? »

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Dans la cour du théâtre des Halles avec Adam Ghezielle, beau petit gars de dix ans, avignonnais. Repéré dans son atelier de théâtre et propulsé sur scène le temps d’un été pour incarner le petit garçon d’« En attendant Godot ». « En fait je jouais dans un groupe de théâtre et ils nous ont demandé de faire un casting pour jouer cette pièce, et ils en ont choisi deux, et voilà, on fait des représentailles [sic] pour le festival. »

Son rôle dans « Godot » ? « Il y a deux monsieurs qui s’appellent Vladimir et Estragon et ils sont pauvres et ils attendent quelqu’un qui s’appelle Godot et moi je vais leur dire que le M. Godot ne va pas venir ce soir mais il va venir demain. Et ça va se répéter tout le temps et Godot ne viendra jamais. »

Le metteur en scène ? « Des fois, il me disait de monter la voix, de mettre un peu plus de tonus. La première fois, j’avais le trac parce que j’avais jamais vu autant de monde. J’avais peur mais quand je me suis mis sur la scène je me suis senti à l’aise. »

Godot selon Adam : « Il est vieux, il a une barbe, elle est blanche, il est avec un T-shirt noir et un pantalon noir et des claquettes et il est gentil. »

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Le lendemain, déjeuner place des Carmes avec David Houri (Vladimir), qui forme un duo génial avec Jean-Claude Bolle-Reddat (Estragon). « Ç’a été sport, cette arrivée à Avignon. On est arrivés le 5 et on a joué le soir même. C’était rock and roll. Sans raccords, rien. On n’avait joué que trois dates avant Avignon. La première aurait pu être pire, ça allait. La salle est très bien pour le spectacle. Tu l’as vue, la salle ? Elle est vachement bien ! Je connaissais bien la pièce avant de commencer à la travailler, je l’avais déjà montée avec des copains il y a longtemps. » Ce Godot qui ne vient jamais leur permet de continuer à exister. Grâce à ce type qu’ils attendent (on ne sait même pas vraiment s’ils pensent qu’il va vraiment venir, on peut en douter, Estragon s’en tape complètement, Vladimir a des doutes), ils continuent à vivre. Godot, c’est l’espoir. On peut aussi penser que c’est quelqu’un, évidemment on pense à Dieu. Beckett a dit à un metteur en scène qui montait « Godot » : « Si je voulais que Godot ce soit Dieu, je l’aurais appelé “Dieu” tout simplement ». Mais bon, il l’a quand même appelé « Godot ». On a commencé à jouer avec peu de public, puis la salle s’est remplie. Sur le plateau, il ne se passe rien, on attend… Être devant 200 personnes qui vous regardent ne rien faire, c’est fort et c’est assez amusant pour un acteur d’être dans cette situation.

Ce que j’adore dans la pièce ? Il y a une phrase d’Estragon que je trouve belle et triste, c’est « Tu crois que Dieu me voit ? ». C’est un vieillard de soixante-dix ans sur une route à la campagne, il n’a rien, il est en train de faire des échauffements physiques et il est tellement en bas de tout qu’il en vient à se demander si Dieu le voit. Je trouve ça très beau.

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