Jacques Vincey : « Quand est-ce qu’on arrive ? »

Pédaler, courir, rouler, ramer, voler… « Loin d’ici, voilà mon but ! » disait un personnage de Kafka en montant en selle. Promesse, espoir, rêve… Dès que je m’arrête, j’ai envie de repartir. Pour arriver où ? Là où je ne suis pas encore. Pour le plaisir des nouveaux paysages et la découverte de nouveaux horizons. Pour la sensation du vent dans les cheveux (que je n’ai plus depuis longtemps). Pour avancer toujours, comme un enfant pour qui tout est encore à venir. Comme une bicyclette dont l’équilibre dépend de sa vitesse. Quand est-ce qu’on arrive ? Bientôt ! Un futur proche que je peux modeler dans mon imaginaire, modifier au gré de mes humeurs, fantasmer au fil de mes désirs. Une tension vers le but qui me garde éveillé, actif, ardent. Une impatience qui m’exaspère, me décourage parfois. Vais-je (y) arriver ? Et si je renonçais ? Si je m’arrêtais en route ? Ou si je prenais un autre chemin ? Et d’ailleurs, à quoi bon ? Hésitation, doute, lassitude. « Mourir ; dormir ; rêver peut-être… » Rêver, rêver, rêver. Inévitablement, inexorablement les forces obscures m’agitent, me secouent, me réveillent. Lumière. Moteur. Ça tourne. Action. Quand est-ce qu’on arrive ?

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