Olivier Lopez : « À qui le tour ? »

À Moi ! Adrénaline, concentration, j’arrête de faire l’idiot. Il faut écrire quelque chose de juste, de bien, de sincère, d’intelligent… Où je vais trouver ça, moi ? Je passe quelques coups de fil à des gens brillants qui ne le sont finalement pas tant que ça. Je ne les cite pas, ils se reconnaîtront.

Alors à qui le tour ? Dans cette question, j’entends surtout la cruauté d’une mécanique bien huilée : il y a ceux qui montent dans le manège, ceux qui en descendent et ceux qui continueront à faire la queue…

Derrière cette petite question, il y a la grande machine libérale qui est en marche. On organise le renouvellement des produits, des artistes, on ne se pose pas vraiment la question du développement durable, la matière première semble inépuisable. On aime, on achète, on se lasse, on change, on jette. On parle de circulation au sein de la profession. Qui sera le prochain à bénéficier de la coproduction, de la convention, de la subvention ? Qui va tomber puis être définitivement écarté.

À qui le tour ? Il faut que ça tourne, les moyens ne sont pas extensibles et il faut bien faire des économies. Il faut que les artistes comprennent : c’est chacun son tour. Logique de marché, quand il y a moins de recettes, on rationalise la dépense. On en profite aussi pour licencier…

Alors, en attendant des jours meilleurs, à qui le tour de patienter ? Aux plus jeunes, aux femmes évidemment. On te dissuade aussi de faire la queue, si tes origines sont trop éloignées du contexte…

À qui le tour ? Je viens de signer une charte, de rendre ainsi lisible mon engagement avec les actrices culturelles et des acteurs culturels de Normandie pour plus de parité, de diversité et d’accessibilité.

J’ai le sentiment d’appartenir aux combats de mon époque. J’ai l’impression que nous sommes en train de faire collectivement des efforts pour changer nos manières d’être, de considérer, d’envisager l’autre. C’est très compliqué mais je suis fier d’être dans cette aventure-là. Réaménageons les manèges pour qu’il y ait plus de place pour tout le monde. Mon royaume pour un cheval (sur le grand carrousel).

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