Fouad Boussouf : « Quand est-ce qu’on arrive ? »

« C’est la question que je me posais quand nous étions en partance pour la France. J’avais 7 ans ! Je n’osais pas demander à mon père, car je ne voulais pas le déconcentrer, je sentais le voyage long et difficile… J’étais heureux, avec mes parents, entre ma grande sœur et mon petit frère, une toute première aventure familiale depuis ma naissance… Je n’arrivais pas à imaginer ce qui nous attendait là-bas, et j’en ai entendu des histoires sur la France… alors je retournais à mes souvenirs marocains, les figuiers qui nous servaient tour à tour de manège, de cachettes secrètes ou de garde-manger ! L’odeur de l’huile fraîchement pressée dans laquelle on trempait du pain chaud en dégustant un thé à la menthe ! Je ne savais pas que ces souvenirs resteraient pour longtemps derrière moi et seraient éternellement associés à une époque heureuse et innocente ! Ma mère était triste je me souviens, elle pleurait, je ne comprenais pas pourquoi ! Qu’est-ce qui nous attendait là-bas ? Je pensais que la France était une grande maison… Le voyage a duré trois jours en voiture, une éternité… Je n’ai emmené aucun souvenir, il fallait partir léger… et peut-être qu’arrivé là-bas nous repartirions, rien n’était certain. Je me souviens le jour où on est arrivés, c’était il n’y a pas si longtemps, c’était en février, il faisait froid ! On était tous très calmes… On est montés en silence bien disciplinés, sans aucun bruit au cinquième étage d’un HLM en pleine campagne… L’appartement était presque vide. Je regardais par le balcon, j’avais le vertige… J’y suis resté vingt-cinq ans, avec toujours la peur du vide… Depuis j’ai quitté ce bâtiment, je suis retourné à plusieurs reprises saluer les figuiers et les oliviers, eux n’ont pas bougé, solidement ancrés dans le sol aride ils vivent dignement ! Ils se souviennent de moi c’est sûr ! Je leur dois beaucoup ! Je pense souvent à eux ! »

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