Raphaël Cottin : « Quand est-ce qu’on arrive ? »

© isabelle-levy-lehmann

« J’utilise depuis une dizaine d’années la cinétographie Laban dans mon travail. Ce système d’écriture pour le mouvement indique les informations nécessaires aux déplacements du corps : d’où part le mouvement ? Est-ce tout le poids du corps qui se déplace ou n’est-ce qu’une de ses parties ? Quelles sont la durée et la direction de ce déplacement ? Cette analyse constate l’indissociabilité de l’espace et du temps et nous demande de répondre sans cesse à la question de notre destination. En 1928, Rudolf Laban publie son système d’écriture, un des rares à envisager les mouvements du corps humain de manière globale, en perpétuelle transformation, sans contrainte de style ou d’école particulière. L’enjeu n’est pas alors d’imprimer la danse sur papier mais bien de doter cet art d’un outil d’analyse sérieux. Pour indiquer une direction, Laban invente un signe simple, le rectangle vertical, associé à la station debout de l’être humain :


Ce signe, appelé « en place », désigne l’endroit où l’on est, par opposition au « déplacement », indiqué par d’autres signes de direction, tous dérivés de la même place. La forme des signes (en avant, en arrière, sur les côtés et dans les directions intermédiaires) permet de nommer notre destination. Huit directions rayonnent de la place :


Dans l’analyse d’une marche en avant par exemple, le notateur doit indiquer une position de départ « en place » sur une ou deux jambes, puis une alternance de signes « en avant » sur la jambe droite puis la jambe gauche, comme sur la partition ci-contre, qui se lit de bas en haut.

Sans vouloir entrer dans le détail du système, je veux mettre en avant le constat très simple qu’il permet de faire : à chaque pas, nous arrivons à une nouvelle place à partir de laquelle nous devons nous projeter pour envisager notre déplacement suivant ! Aux pessimistes mais persévérants qui pensent « qu’on n’arrive jamais », on peut donc suggérer en fin de compte « qu’on arrive toujours », à chaque pas, à chaque geste. Ce constat n’invite pas à la voie de garage mais bien à la dégustation du temps présent.

Dans « Parallèles », le duo que j’interprète avec Jean Guizerix, chaque pas est une arrivée, chaque geste, après 25 ans d’amitié, est à conjuguer au présent. »

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