Taïwan : embarquement immédiat !

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Pour celles et ceux (évidemment pas, cela va sans dire, lectrices et lecteurs de I/O) à qui le nom de « Taïwan » évoquerait le vague souvenir d’une vieille baderne contre-révolutionnaire que l’Occident adouba pour faire la nique à l’ogre rouge chinois, ou – pire encore – le feuilleton grotesque de dessous-de-table dont le marigot politique français n’a pas fini de subir les répliques, il est grand temps de prendre le chemin d’Avignon.affiche-taiwan-copie

Cette année, en effet, ce pays fête ses dix ans au festival OFF (on est « le plus grand théâtre du monde » ou on ne l’est pas !). Et c’est vraiment l’occasion d’un ébouriffant voyage où vous irez d’étonnements en émerveillements sans le déplaisir du décalage horaire, puisque vous n’aurez même pas à franchir les remparts de la ville ! Rendons d’abord à Taipei ce qui est à Taipei et saluons le ministère taïwanais de la Culture, qui a permis pareille aventure. Sans son soutien constant depuis une décennie, des artistes d’horizons et d’obédiences très différents (oubliez tout ce que vous ne savez pas : nous sommes bien loin du cliché d’un théâtre englué dans la tradition) ne pourraient pas se produire sous le regard d’un public international, et encore moins se projeter dans une collaboration avec d’autres artistes venus de la Terre entière.

Le millésime 2016 – grand millésime ! – nous offre deux diptyques : deux pièces de théâtre et deux spectacles de danse contemporaine. Silencieuses ou volubiles, psalmodiées ou chorégraphiées, mutiques ou musicales, ces quatre représentations nous parlent de l’essentiel. C’est-à-dire de nous, de notre rapport au monde et de notre confrontation à l’autre, de la fugacité de notre existence et de son inéluctable déclin. Tout cela pourrait être terriblement plombé, pesant. Et c’est le contraire qui advient. C’est fluide, soyeux, délicat, violent comme seul un enfant peut l’être, et pourtant doux, infiniment doux. Sérieux avec la légèreté d’une plume, profond avec la grâce d’une luciole.

Le masque, la marionnette, le clown, le jupon sont ici convoqués pour le plus grand bonheur du spectateur, transporté dans un univers qui l’emporte loin de lui pour mieux lui faire conjurer ses peurs. C’est magique, et parfois inquiétant, comme cette toute petite fille et son frère à peine plus âgé qu’elle – mais sur qui pèse déjà tout le poids du monde – qui traversent la nuit dans le film de Charles Laughton. Retenez bien ces titres : « La Naissance », « Mamma Luna », « Play Me », « Floating Flowers ». Ils sont autant de sésames pour une parenthèse enchantée. Passé les portes du théâtre La Condition des soies et du CDC-Les Hivernales, laissez-vous dériver comme ces minuscules bateaux en feuille de bananier qui vont au fil de l’eau, une bougie allumée pour mieux célébrer la vie. La vie, l’audace et l’imagination qui sont à chaque instant au rendez-vous.

Comme nous espérons que vous le serez vous aussi. Et que vous applaudirez ces compagnies et leurs artistes – nous regrettons de ne pouvoir les citer tous (car tous mériteraient de l’être) – à la hauteur de leurs talents. Amis taïwanais, que les mânes des papes veillent sur vous ! Et nous, nous prierons les dieux – le singulier est aujourd’hui devenu bien trop dangereux ! – pour que vous soyez l’année prochaine avec nous ! Car soyez certains que nous, nous y serons !

 

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