CIRCa, un festival pour l’exemple…

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CIRCa fête ses 30 ans et 30 ans de vie c’est toute une histoire. Les personnalités à l’origine de ce festival n’imaginaient certainement pas l’importance que ce rendez-vous annuel allait représenter dans le développement du nouveau cirque.

Parti d’une école de cirque créée en 1975 par l’abbé de Lavenère – Lassan, le projet « cirque » à Auch s’est appuyé sur la création d’un concours international des écoles décidé par la jeune chambre économique d’Auch soutenu par l’ANDAC, la présence quasi permanente d’Achille Zavatta dans la ville et la détermination des collectivités territoriales à mettre le cirque au cœur du développement culturel de la ville*.  Aujourd’hui le festival CIRCa né en 1987 dans cet élan, c’est une équipe de 15 permanents, 230 bénévoles, 900 professionnels présents sur le site, un budget de 600 000 euros, 13 lieux de spectacles salles ou chapiteaux et des compagnies en nombre programmées ou non qui viennent dans une démarche de rencontres mais aussi pour saisir l’air du temps. Pour Marc Fouilland son directeur, la réussite de CIRCa réside dans sa capacité à être un espace de démocratisation culturelle, ouvert, qui permet à des personnes de la société civile de venir, à des bénévoles de s’impliquer et à des artistes professionnels de niveau international d’être vus d’un public élargi.

Lieu de confrontations des esthétiques, CIRCa pose par sa programmation diversifiée des questions sur la forme cirque, et la question qui taraude le plus les artistes aujourd’hui est certainement celle de la dramaturgie. Quelle place accorder à la figure ou à la prouesse technique dans l’écriture, doit – elle rester centrale déterminant le sens même du spectacle ou s’inscrire dans un propos plus philosophique, poétique ou narratif.

Pour réponse, Parasite – Galapiat cirque prend le chemin d’une théâtralisation aux référence beckettiennes. Dans un décor destroy, texte et corps font loi : l’un par la dureté des mots, l’autre par le risque exposé. Tout est glaçant dans cet ensemble, peu esthétique même, mais le défi est là permanent au creux d’une technicité qui développe un art de la chute en résonnance avec un texte sur l’in tranquillité humaine et le désastre à vivre. La musique est très prégnante et le côté concert rock fait surgir des moments intenses qui posent la proposition du côté du spectacle total. Résultat un peu brutal, mais…

Barbe à papa et sucreries… Les Cheptel Aleikoum savent recevoir, ils ont toujours aimé inviter le public à participer, c’est leur ADN… Les princesses est pour eux l’occasion de créer une intimité nouvelle avec le public par l’exiguïté de la scène et des gradins. Les artistes s’emmêlent aux spectateurs. Sur fond musical qui brasse comptines et rock dur, le spectacle dévie le fil du conte de fée et ose nous livrer des princesses bien licencieuses. Si pour eux la corde volante, les caresses du lit façon fakir et les pommes sont délicieuses, ce n’est pas pour autant dans l’imagerie populaire qu’ils nous plongent. Alors la prouesse vient à la fois de l’audace de traitement du thème, de la difficulté qu’imposent les robes et redingotes sur un trapèze ou sur une corde volante et de la proximité du public que l’aérien n’a pas forcément l’habitude d’exploiter. Cette distorsion des codes est plus que surprenante car drôle et, de fait, dérangeante.

Danse et cirque … Samuel Mathieu dans GUERRE aborde cette rencontre en référence à Yves Klein Guerre – De La ligne et de la couleur (1954).  Le trait qui se dissout pour envahir la surface picturale, le chorégraphe exploite ce principe dans un esthétisme remarquable où écrans au murs, sol – surface réfléchissante – et agrès créent à eux seuls la dramaturgie. 3 circassiens 3 danseurs abordent l’espace dans des courses primitives (déjà vues) pour en extraire chacun leurs particularités. La bagarre, s’il en est une, est belle sans dominant ni dominé mais équilibrée dans des mouvements complémentaires alliant sol et air. Le charme de corps en mouvement sur une musique parfois oppressante éloigne de nous toute idée de conflit pour nous frotter au beau.

« La dramaturgie est belle parce qu’il n’y en a pas », cette réflexion d’un spectateur entendue à la sortie de Rare Birds – Cie Un Loup pour l’homme est très juste ou plutôt je dirais : la dramaturgie est belle parce qu’elle ne relève que de la relation corps – espace – temps. Le mouvement naît du déplacement du poids du corps dans le corps et dans l’espace, forts de cette vérité les acrobates se montent littéralement les uns sur les autres et progressent en suivant le cercle de la piste. C’est beau, fragile et comme à leur habitude les artistes restent dans la vérité du corps même si une historiette (l’exclus du groupe qui finira par trouver sa belle) parcourt le spectacle. Corps matière, jeux d’équilibre permanents, états de corps, simplicité, on est dans la réalité du geste… Superbe.

Les dramaturgies du cirque ont toujours eu recours à d’autres disciplines, le nouveau cirque n’y a pas échappé. Par contre la subtilité des rencontres est une force que les artistes d’aujourd’hui mesurent et exploitent de projets en projets. A suivre

*Parution pour les 30 ans : CIRCA auch – De l’élan de la jeunesse à un cirque réinventé de Patrice Clarac (éditions confluences /CIRCa)

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