Avant de plonger dans Le Grain Bain

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Sous le patronage de l’histoire culturelle d’Utrecht et de ses canaux hollandais, Jan Martens nous a présenté, en une soirée au théâtre Kikker, deux spectacles qui l’ont fait doucement chavirer. Artiste associé au Gymnase à Roubaix, le chorégraphe belge s’est tourné, pour sa carte blanche, vers des artistes au potentiel affirmé et aux parcours brillants. Les deux pièces pourront être vues pendant le festival Le Grand Bain, empreint d’énergies disparates. Le mot d’ordre, si l’on se fie au conseil susurré au spectateur avant les représentations, est ce verbe « ralentir », symbole et sceau appuyés du rejet de notre mode de vie contemporain.

Ralentissons donc, tout d’abord, en compagnie de Steven Michel, qui, déjà passé par le festival Artdanthé en 2016, reprend « They Might Be Giants ». À l’image du culbuto, le danseur expérimente une autre forme de gravitation, dos nu et jambe par-dessus tête, et bannit 45 minutes durant son visage de la représentation. Ce qu’on nous offre si aisément sur scène nous est retiré, dépossession rude mais qui nous est sans doute nécessaire pour percevoir différemment. Plus que le rythme, Steven Michel explore le relief du corps à travers les propagations onduleuses provoquées par ses efforts physiques. Notre machinerie optique tente alors de comprendre comment ce caisson humain recroquevillé dessine malgré tout de belles histoires. La réponse œuvre dans les rainures tracées dans la peau du dos par les contractions musculaires qui produisent de microévénements, subtils et puissants. Là se révèle peut-être la fonction poétique du langage chorégraphique, dans l’absence de figure, dans le dérobement et la fuite du visage, lesquels proposent de débouter nos facultés cognitives. Du corps, il ne reste que des bras, et la bouche n’est plus que l’espace entre des doigts.

« Tide », seconde proposition, menée par l’Islandaise Bara Sigfusdottir, trouve dans l’improvisation la richesse et le défaut majeurs de son propos. Loin d’être une marée ravissante, la pièce souffre de sa dynamique inégale. Des mimiques théâtrales nous font esquisser de timides sourires, et la complicité naissant du dialogue entre le corps et l’instrument peut être remarquée ; mais la raison de la pièce tient surtout dans la verticalité explorée, qui est un renvoi joyeux à la forme de la trompette parfois posée au sol, ancrée à sa manière, et qu’Eivind Lonning fait résonner étrangement. Une soirée aux tonalités dissonantes qui nous aura aussi fait découvrir les installations de Luis Rios Zertuche. Et après cela, dresser une conclusion peu surprenante : la Belgique est encore pour quelque temps le carrefour des amours dansées, que le Grand Bain consacrera pleinement, soyons-en certains !

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