© Lola Salem

Qu’est-ce que c’est pour vous qu’une rencontre ? Une rencontre intéressée, à finalité amoureuse ; une rencontre avec quelqu’un avec qui vous voudriez passer du temps. Un rendez-vous galant, quoi, mais dépoussiéré des manières old school. Début du XXIe siècle oblige, la scène devait un jour se doter de tous ces petits éléments qui forment le quotidien d’un nombre grandissant de la population ; les outils du dating online, sa panoplie de fonctionnalités et la promesse d’une infinité de possibles qui vise toujours, néanmoins, la même et unique finalité : la rencontre de l’âme sœur.

Avec le pétillant #INSTALOVE, Catherine Duquette ne pouvait pas faire plus accrocheur. Toutes les promesses du monde contemporain, assaisonnées aux technologies dernier cri, s’y trouvent ramassées. L’amour, l’instantanéité, la modernité. Mais alors qu’on croyait déjà tout savoir sur ce marché de la rencontre virtuelle organisée – que l’on soit consommateur(trice) soi-même ou détracteur(trice) – voilà que l’actrice arrive à nous surprendre.

Car la rencontre, même par le biais de moyens virtuels, est avant tout une affaire de théâtre. Chocs des personnages entre eux, échos entre scène et salle, confrontation du public à lui-même… Les applications invitent à développer la mise en scène de soi, la multiplication des persona : ainsi, comment paraître vrai(e) ? Catherine Duquette se dote de quatre masques. Quatre personnalités différentes, extrêmement bien travaillées, qu’elle endosse en une fraction de seconde, comme autant de deuxièmes peaux. Chacune est agitée par des obsessions bien particulières, qui modèlent non seulement le personnage, mais encore son passé, dévoilé aussi longtemps que celui-ci restera sur scène. Car, progressivement, la scène se défait de ce quatuor, alors que le public vote (par application interposée), pour ne garder que celle qui convaincra le mieux.

Superficiel ? Loin de là. C’est une sorte d’odyssée collective qu’active Catherine Duquette, qui pose directement les règles de ces rencontres, maniées par la force de son jeu toujours semi-improvisé, son tact et sa finesse à jauger l’humain. C’est elle qui nous prend par la main, qui fait le premier pas ; c’est nous qui lui enjoignons de continuer le geste. L’actrice recrée la nécessité du partage, le besoin d’interaction, qui brouille définitivement la frontière entre le plateau et les spectateurs(trices). Forme ouverte, soumise aux aléas du moment, comme lors d’une rencontre, d’une « vraie ». Au cœur de l’échange, des fragments intimes et puissants émergent, des personnages comme du public qui se sent si bien, au creux du théâtre.

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