Le monde à Marseille

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Titre à sens multiples car en effet, tout comme les arts qu’il est censé représenter, le festival de Marseille invite à sa table les expressions des corps venus du monde entier avec un tropisme assumé pour le continent africain. De grands noms de la création débarquent et attirent les foules, car le monde, dans sa diversité, est aussi dans les salles. Preuve en est ce week-end d’ouverture qui prend chair et vie à la Friche la Belle de mai, espace protéiforme, accueillant, non excluant car non exclusif, qui bouscule peut-être même un peu un public habitué à fréquenter des lieux plus institutionnels. Oui mais voilà, depuis l’arrivée de Jan Goossens à la direction, l’année dernière, l’ouverture s’entend aussi bien en termes de programmation que d’attention bienveillante à des spectateurs souvent oubliés. Ainsi, dans une même soirée, vous déambulez la gorge serrée dans le dédale conçu par le Sud-Africain Brett Bailey et dansez avec le chorégraphe chilien Jose Vidal et ses 40 danseurs, dans un rite exaltant la jeunesse et l’énergie collective. Le Liban sera à l’honneur le lendemain avec deux propositions de Rabih Mroué, dont une création chorégraphique, aride à première vue mais qui travaille des zones de notre passé mémoriel et nos liens historico-sensibles avec la danse. Ce processus rituel et cette mémoire vive sur scène se retrouveront aussi dans la lente procession méditative de Nacera Belaza et dans les transes joyeuses des « Corbeaux » de Bouchra Ouizguen tout comme dans la puissance communicative et régénérante des corps de Serge Aimé Coulibaly, dont le « Kalakuta Republik » sera aussi présenté au Festival d’Avignon. La fête et la joie d’être ensemble comme appel à la curiosité des plateaux ; la recette n’est pas nouvelle, mais à Marseille elle s’incarne dans le présent de ce début d’été et permet à tous d’accueillir simplement les créations qui interrogent sans concession notre rapport aux lieux et à l’espace partagés de notre monde.

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