Les rencontres internationales de théâtre en Corse

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Cet été, leur histoire a 20 ans. 20 ans que Robin Renucci, enfant de la Corse et de la décentralisation, a pris son bâton de pèlerin pour créer l’ARIA et faire traverser avec elle la mer à cette politique culturelle qui jusque-là était restée sur le quai du port de Marseille. Bienvenue dans le Giussani.

Bienvenue, oui. Bienvenue et bravo, car n’arrive pas qui veut à Pioggiola, cœur du projet de l’Association des rencontres internationales artistiques (ARIA). Une fois à l’aéroport de Calvi, il faut ainsi peu à peu se déshabiller de tous les atours du bruit et des pensées qui empêchent, et prendre de la hauteur à mesure que la voiture grimpe les centaines de mètres d’altitude qui nous séparent de ces montagnes de Corse au milieu desquelles se cache l’un des outils théâtraux les plus fabuleux de France : A Stazzona (La Forge). Parce que c’est cela, l’ARIA : un lieu, un outil et des hommes. En l’occurence, un outil perdu au milieu du rien où ne reste que l’essentiel pour penser et vivre, tant la totalité du projet a été imaginé il y a 20 ans afin que ni la nature ni ceux qui l’habitent ne puissent pâtir de son arrivée. Face au Monte Padro, apparaît alors une boîte de bois majestueuse, construite avec des troncs d’arbres de la montagne environnante par Dominique Villa et Jean-Michel Battesti en 2010. Un bâtiment « à l’écart de la route et des regards », pour « tendre vers l’expression la plus abstraite, la plus silencieuse qui soit ». Pour « répondre à l’austérité, à la puissance du site et aux éléments ». Un lieu pour s’élever, donc.

S’élever et être élevé. Car par-delà le théâtre et ses représentations, l’ARIA reste avant tout la réminiscence d’un grand rouage ancien imaginé pendant la Révolution française avec le rapport Condorcet, que l’on appelle aujourd’hui l’éducation populaire. Cette éducation, l’ARIA la propose tout au long de l’année, et les rencontres internationales n’en sont finalement qu’un temps fort ouvert au public qui permettent de lui donner une réalité plus forte, plus visible. Le credo de ce projet ? Cela pourrait être « l’éducation de chacun par tous ». Autrement dit, toute l’année durant, à l’ARIA se retrouvent des artistes en création qui viennent à la rencontre des habitants de Corse et de France pour penser et créer avec eux des projets qui, au terme du processus, donneront lieux à une représentation ouverte au public moyennant l’adhésion à l’association. On retrouve donc ici le cœur de ce qu’était l’éducation populaire à son origine chez Condorcet : l’éducation tout au long de la vie.

Cet été, du 5 au 12 août, c’est ainsi plus que l’occasion de participer à un simple festival de théâtre qui vous est donné, mais bien l’opportunité de participer à un projet et par votre présence, de démontrer votre adhésion à celui-ci. C’est un geste utile et courageux, par les temps qui courent. Courageux, oui, car le consumérisme utilitariste n’a pas sa place ici : tellement pas sa place que vous ne pourrez même pas savoir à l’avance qui jouera quoi et où. Pour simples informations, quelques textes, élaborés entre autres par de jeunes auteurs formidables, tels Clément Camar-Mercier ou Alice Zeniter, qui sont venus sur place au mois de mai pour les écrire. Quelques formateurs, aussi, parmi lesquels Olivier Letellier ou Serge Nicolaï. Serge, qui depuis des années travaille avec Ariane Mnouchkine, et ce n’est pas un hasard, puisque ici c’est un peu de sa folle utopie que l’on retrouve par la pensée, mais pas seulement, puisque la légende du Théâtre du soleil sera d’ailleurs présente elle aussi cet été, pour parrainer l’événement. Autant de raisons de venir, donc : pour montrer qu’il est encore possible de créer, de pousser les murs et de construire de nouvelles maisons.

 

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