Résurrection en cours

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À chacun sa résurrection. Alors que certains célèbrent celle du Christ, d’autres, au même instant, espèrent celle de la grande musique et de ses interprètes. Parmi eux, Renaud Capuçon et Dominique Bluzet, qui ont imaginé ensemble la création du Festival de Pâques, à Aix-en-Provence. Mais croire en une idée suffit-il à lui donner vie ? C’est bien ici la question qui se pose. En tout cas, il apparaît certain que tout est pensé afin que ce désir prenne corps. L’espace d’une petite quinzaine de jours, les prêtres les plus célèbres de la musique classique se succèdent sur les scènes de la capitale française du lyrique, espérant ainsi redonner vie à ces rythmes d’hier et persuader ceux qui en doutent qu’ils restent ceux d’aujourd’hui. Christoph Eschenbach au piano, Maxim Vengerov au violon, et même, l’espace d’un soir, Martha Argerich, venue remplacer en dernière minute un Maurizio Pollini souffrant. Rien que ça. Ça, et des jeunes talents, aussi. Alexandra Conunova et Seong-Jin Cho, surtout, qui resteront, l’une au violon avec le « Concerto en ré majeur » de Tchaïkovski, et l’autre au piano avec le « Trio n° 2 en mi mineur » de Chostakovitch, comme les figures les plus surprenantes de cette cinquième édition du festival. Reste alors, au-delà des performances individuelles d’artistes majeurs ou en devenir, la question de la programmation musicale, et celle du public potentiel de ce festival. En l’occurrence, est-il bien nécessaire de faire se déplacer jusque-là certains des plus grands musiciens de la planète, dont Renaud Capuçon fait assurément partie, pour jouer « La Truite » de Schubert devant les 1 300 personnes du Grand Théâtre de Provence ? Si ce choix permet de rendre l’événement populaire, il reste possible de douter de sa pertinence tant cela impacte son influence possible. À proposer majoritairement des classiques rebattus, malgré quelques tentatives et les grandes figures qui se succèdent, ces concerts ne peuvent bénéficier que d’un rayonnement local, alors même que l’ambition du projet est de devenir un grand rendez-vous international. C’est bien dommage, mais cela reste compréhensible, car il convient de ne pas oublier la jeunesse du projet et son succès populaire indéniable. Reste donc à espérer qu’avec le produit d’appel que représentent désormais ces cinq premières années de réussite, Renaud Capuçon et Dominique Bluzet profitent de cette fidélisation du public pour densifier l’exigence musicale des projets proposés. Ce faisant, ils feraient alors de cet événement un moment important, en permettant à chacun d’écouter la grande musique d’aujourd’hui par les grands interprètes de demain.

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