Oscyl

Totem

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La nouvelle création du duo de chorégraphes Héla Fattoumi et Éric Lamoureux s’envisage comme un objet protéiforme à bien des égards. A tel point que c’est au Festival mondial des théâtres de marionnettes de Charleville-Mézières que l’aventure prend corps et commence son chemin. Ne pas chercher à définir ou à ranger dans des cases disciplinaires donc, mais se laisser embarquer dans cette confrontation douce et étonnante entre les corps vivants des danseurs et ceux étrangement animés des culbutos, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait différents. L’interaction, le mimétisme parfois, les rapports qui se nouent entre les sculptures froides mais en mouvement (hommage assumé à Hans Arp) et la chair des danseurs fascinent et convoquent la mystique. Bien sûr les formes potentiellement phalliques engagent l’imaginaire vers des pénétrations de l’espace et du chœur des corps, vers les troubles pourtant typiquement humains de l’instabilité et du déséquilibre, mais c’est la puissance du totem qui capte l’attention et crée un fil dramaturgique. Comme depuis la nuit des temps, les hommes tentent d’apprivoiser la chimère anthropomorphe, dansent pour s’en attirer les faveurs, la magnifient et la craignent comme le veau d’or d’un nouveau peuple. Le jour passe et naît à nouveau ; les hommes à terre chantent pour connecter leurs âmes, faire naître à nouveau les idoles à l’aube et finir au crépuscule sur une danse macabre où la joie de l’instant transcende la condition mortelle de l’humanité. On l’aura compris, ces culbutos, loin d’être des accessoires au service de la danse, deviennent des partenaires en jouant sans cesse sur leur double nature. Tantôt objets à renverser, tantôt puissances à conquérir.

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