CIRCa, 31 ans et plus vivace que jamais

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"Là" - cie Baro d'evel

« Là » – Baro d’evel – ©Francois Passerini

Trente et unième édition du festival CIRCa à Auch : une programmation riche en propositions de grande qualité, avec un bel équilibre entre les disciplines. Le festival confirme qu’il est bien la vitrine du cirque actuel.

En ce premier week-end, les bons spectacles ne manquaient pas et donnaient à voir des écritures variées. Deux spectacles se signalaient particulièrement lors de la soirée d’ouverture, avec, en commun, le souci de miser davantage sur le jeu et sur l’écriture que sur la pure prouesse technique. Le premier,« Là », de Baro d’evel, est un poème visuel, un geste artistique tendu sur le fil onirique tiré par un duo talentueux. Camille Decourtye, Blaï Mateu Trias s’y retrouvent autour d’une forme qui réunit le chant, la danse, l’acrobatie, le jeu théâtral, et un travail à la fois plastique et sonore très abouti. Sur un plateau cerné de murs blancs, les deux personnages naissent à la présence scénique en traversant le mur à cour. Le public assiste à la construction d’un couple, en même temps que les interprètes inscrivent aux murs, en noir sur fond blanc, la trace visible de l’histoire qu’ils traversent. Aux liens qui se tissent avec humour, la danse apporte un surcroît de sensualité, et le chant opératique de Camille Decourtye ajoute une émotion vibrante. Cet entre-tissé habile, tout en métaphores visuelles, dit la merveilleuse richesse d’une histoire traversée à deux. Poignant autant qu’élégant.

Le second,« L’Absolu », de Boris Gibé, fait déjà date. Le spectacle prend place dans le Silo, un cylindre de 12 mètres de haut. Le public, disposé en spirale le long des parois, a ainsi un point de vue très rare sur le spectacle : les acrobaties aériennes se déroulent au niveau de son regard, tandis que les évolutions au sol sont comme écrasées dans une vue en deux dimensions. Boris Gibé choisit une écriture très moderne, en ne proposant d’acrobaties aériennes qu’au début et à la fin du spectacle. Pour le reste, il campe un personnage digne de Beckett, aux prises avec un monde clos qui le dépasse et une vie à laquelle il ne parvient pas à donner un sens. Tel un Sisyphe animé de pulsions suicidaires, il s’immole, s’expose à la chute d’une enclume, se noie dans des sols mouvants. Des images extrêmement fortes naissent des effets visuels, même si l’abstraction du propos et la longueur de l’œuvre ont déconcerté certains spectateurs.

"BRUT" - Marta Torrents

« BRUT » – Marta Torrents – ©Jean-Gilles Quenum

Pour le reste, on pouvait voir de très belles propositions. Il y avait la reprise de« Face Nord » par un quatuor de femmes, une heure de défis physiques, sans paroles, peignant des relations complexes, entre camaraderie, rivalité, et quelque chose de plus trouble, à mi-chemin entre la violence et la sensualité. Il y avait la nouvelle création de la compagnie AKOREACRO, « Dans ton cœur », où le groupe d’acrobates, toujours techniquement excellent et toujours accompagné de musiciens, atteint des sommets grâce à la contribution de Pierre Guillois à l’écriture et à la mise en scène. Il y avait« BRUT », de Marta Torrents, une proposition mêlant avec adresse la danse, l’acrobatie, le jeu théâtral, une œuvre esthétiquement magnifique et dramatiquement poignante, travaillant sur les états émotionnels et le corps. Le grand éclectisme dont Marc Fouilland, le directeur de CIRCa, fait preuve dans sa sélection prouve encore qu’il peut aussi bien attirer des professionnels de l’étranger qu’un public local curieux de découvrir ces spectacles qui, pour être à la pointe de leur art, n’en sont pas moins accessibles et généreux.

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