CPH Stage : scènes danoises

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Chaque année au printemps, le CPH Stage, à Copenhague, propose un focus sur une sélection de spectacles danois du moment. Multidisciplinaire, le festival est l’occasion de découvrir des créateurs et des compagnies qui tournent peu ailleurs.

Le « showcase » – plutôt en réalité une variante de Fringe – est sous-titré « Never Not Spectacular », comme à la fois la marque de l’optimisme et le sceau d’authenticité de ce qui nous sera offert sur un plateau. Entre deux spectacles, on déambulera dans les rues baignées de soleil de Copenhague, et en particulier son ancien et désormais hipster « meatpacking district » (Kødbyen), dans lequel s’est installé le centre du festival. Dans son enceinte, un dispositif de réalité virtuelle, en partenariat avec Liveart.dk, permet de visionner des archives visuelles de représentations. Mais le plus surprenant, pour un événement aussi circonscrit – même s’il reste le plus important de la capitale dans son domaine –, est l’omniprésence dont il dispose partout en centre-ville, à commencer par des panneaux géants place de l’hôtel de ville : une visibilité qui rassure en ces temps où le théâtre contemporain est souvent relégué dans les alcôves confidentielles.

La diversité des propositions est sans doute ce qui frappe en premier, mêlant danse contemporaine, théâtre visuel, pièces classiques, performances internationales (à l’instar de « Riding on a Cloud », de Rabih Mroué). Ainsi « V.O.M.P. », ou « Vanity Of Modern Panic », de Gunilla Lind se situe à mi-chemin entre danse et théâtre visuel. C’est une représentation sarcastique des jougs médiatiques et sociaux sur la représentation des corps. Mais les partis pris scénographiques et chorégraphiques, flirtant avec le burlesque et le grotesque dans une saturation de rose bonbon, ont tôt fait d’embarrasser le propos d’une esthétique tautologique un peu lourdingue pour notre goût. « V.O.M.P. » fait partie d’une sélection de huit projets coproduits par le festival et la Danish Arts Foundation, présentés lors des journées internationales (donc sous-titrés, ce qui n’est le cas que pour une minorité de spectacles).

Même s’il ne constitue pas vraiment un fil rouge programmatique, le théâtre politique tient une place de choix, avec notamment l’adaptation du « Great Dictator » de Chaplin par Nikolaj Cederholm, la re-création danoise de « World Without Us » et surtout « Rocky ! » : à l’Husets Teater, le metteur en scène danois Tue Biering met les pieds dans le plat du débat politico-identitaire. À travers la figure iconique de Rocky, combattant loser dans une société malade, il tente de démontrer les paradoxes idéologiques d’une certaine gauche occidentale qui, pour certains, sacrifie les « white trash » et autres laissés pour compte des classes populaires sur l’autel de sa bien-pensance. Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume du Danemark ? Le comédien Morten Burian lance un monologue imbibé d’une envie de convaincre, de déranger, mais la harangue se perd dans un statisme scénique qui alourdit le propos. La seconde partie est plus visuelle et percutante, jusqu’à l’écœurement (un cadavre de porc pend au plafond, bientôt frappé à la batte de baseball puis remplacé symboliquement – et physiquement – par le corps de Rocky). Elle s’achève par l’intervention, sur le plateau, d’une représentante de la droite nationaliste danoise qui, les mains légèrement tremblantes, tente de justifier son mode de pensée. Un final troublant mêlant l’espace de la scène dans une réalité glaciale, qui dissout la tension dramatique dans un malaise provocateur et dont on peut questionner encore la portée artistique, malgré une déflagration salutaire.

CPH Stage, 6e édition, Copenhague, du 31 mai au 9 juin 2018
http://www.cphstage.dk/

 

 

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