« Frontières » : du théâtre à la photographie

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© Sixtine Leroy

À l’occasion de sa seconde édition, le Festival Traits d’Union a remis à l’honneur son goût pour la pluralité et la correspondance des formes artistiques en conviant différents photographes à présenter leurs travaux, répondant tous au thème choisi de « Frontières ». Six artistes ont ainsi exploré les différents possibles du sujet donné avec inventivité et même brio, chaque épreuve présentant des facettes sous-estimées et dévoilant l’intimité de leur esthétique personnelle.

Sixtine Leroy mène la danse, avec une galerie de clichés époustouflants, pris à l’occasion d’un reportage en Guinée sur une création théâtrale ayant pour thème la « Soubah » (sorcière). La jeune photographe a été invitée par le Festival comme marraine de l’exposition. Elle affiche la couleur : creuser l’énigme que représente l’Autre, qu’il s’agisse d’une personne, d’un lieu ou d’une émotion. Son travail a d’ailleurs eu l’effet d’une révélation pour elle, qu’il lui a semblé essentiel de transmettre, dans toute sa pureté. « Je savais que je devrais créer une proximité », confie-t-elle, « enlever la crainte et la peur de l’autre pour former un lien et réussir à capter ce moment naturel et sans façon que je cherchais dans mes portraits ».

Chaque artiste a pu emprunter librement les perspectives proposées. Ozal Emier se présente ainsi sous l’angle de l’introspection quasi psychanalytique (« La vie d’Emmett ») tandis que Joséphine Brueder part à la conquête de « L’Amérique » sur le modèle brillamment revisité du road trip américain. Imane Djamil, lui, choisi le support en noir et blanc pour faire exploser une violence crue, traitant le cortège de paysage comme une forme d’autofiction.

L’assemblage de ces différentes propositions possède en lui-même une puissance saisissante. Sans aucun doute, l’urgence du thème, allié au jeune âge des talents présentés, agite une fougue qui surgit à chaque photo. De la surprise naïve jusqu’à une forme de férocité, le quintette tisse ensemble une polyphonie d’images, déroulant le fil de la frontière pour le faire advenir en tant que pur jeu créatif, prétexte et contrainte formelle.

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