Hammana Artist House : La maison où j’ai grandi

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Le hasard n’existe pas, et les artistes ont beau être des étoiles, il est besoin d’une conjonction d’éléments pour que celles-ci s’alignent devant nous sur les scènes du monde. C’est exactement de ce constat que sont partis le Collectif Kahraba et l’homme d’affaires Robert Eid. Et le résultat, c’est ce lieu : Hammana Artist House, une résidence nichée aux confins des montagnes libanaises.

Parce que oui, de nos réalités françaises parfois troublées, il faut savoir reconnaître une chose : il existe malgré tout ici un circuit, certes imparfait mais tout de même, qui permet aux artistes – et encore plus à ceux qui ont la chance de bénéficier de l’intermittence – de créer dans un état de quiétude matérielle souvent enviable par rapport à ce qui peut être ailleurs. D’Abidjan, où j’écris ce papier, ce constat est encore plus frappant. Ce matin encore, les artistes du Masa, dont nous vous parlerons bientôt, le disaient tous : « Nous sommes des mendiants. » À Abidjan donc, mais au Liban aussi, où nous étions le mois dernier, la situation n’est pas évidente pour ceux qui habitent la mission de dire au monde l’état qui est le sien.

De cet état des lieux, certains n’ont pour autant jamais fait une peine, et s’en sont emparés pour créer en 2007 le collectif libanais Kahraba, qui se vit en réseau d’artistes et dont la mission est fondée sur le désir d’aller à la rencontre des publics, dans leurs espaces de vie. À ce réseau s’est ajoutée une autre tentative, en 2010, sans aucune aide publique ni soutient : le festival « Nous, la lune et les voisins », qui chaque deux ans investit les marches de l’escalier Vendôme de Beyrouth pour proposer quatre jours durant aux habitants du quartier d’assister à des performances d’artistes nationaux. Alors, qui mieux que les membres de ce collectif, quand Robert Eid, un riche financier libanais, souhaitait investir une partie de sa fortune dans la fondation d’un lieu culturel à Hammana, ce petit village dont il est originaire, à une heure de Beyrouth ?

C’est en tout cas ce qu’a dû penser l’ambassade de France, laquelle a soufflé le nom des artistes au directeur de la Banque nationale d’Arabie saoudite. Partant de là, un projet alors : fonder ensemble une résidence d’artistes qui comble les manques de l’État, et permette aux artistes de créer sereinement. Le résultat ? C’est 1 000 mètres carrés qui viennent d’être inaugurés il y a quelques mois, dans lesquels les artistes peuvent aller et venir pour créer selon un processus de candidature spontanée, mais aussi un lieu de vie, toujours au service du public. La démarche, encore en rodage malgré le financement important apporté par Robert Eid, pourrait ainsi faire double jeu et apporter deux choses inconnues jusqu’alors au Liban : un espace de résidence au service des artistes en phase de création, mais aussi un espace culturel doté d’une programmation à l’année. Cela va être long, bien entendu, tant la création de ce lieu à permis de mettre au jour la difficulté de trouver au Liban des interlocuteurs au fait de ce qu’exigent les pratiques artistiques, mais l’idée permet de penser et d’avancer en montrant les possibles, malgré tout. Si d’aventure il vous arrivait de passer par là, n’hésitez donc pas, car au-delà de ce geste, sur ces montagnes situées à 40 kilomètres à peine de la frontière syrienne, résonne aujourd’hui chaque jour le bruit de l’histoire du monde… Et si c’est un peu loin pour vous, reste alors une possibilité avec Les Transversales de voir le travail du collectif désormais à la tête de cette belle maison, puisqu’ils y présentent deux de leurs spectacles : « Paysage de nos larmes » et « Géologie d’une fable ».

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