L’Oiseau migrateur

Le bruit du temps

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C’est une rêverie sur le fil, un moment suspendu, une petite forme à la force fragile comme l’oisillon que l’on recueille et que l’on aide à grandir. La migration ne conduit pas vers les pays chauds mais vers les contrées intimes que ce joli spectacle laisse le loisir d’explorer. Tout prend son temps ; et si les phrases naviguent dans les marécages des souvenirs, la craie qui donne vie résonne poétiquement au présent. Comme si les mots se révélaient trop petits pour raconter les histoires, comme si cette ligne blanche tracée par les deux comédiens sur le plateau incarnait à elle seule la puissance dérisoire de l’impermanence. Les amis se perdent et se retrouvent autrement, l’eau efface les dessins mais laisse aussi sa trace, l’oiseau s’envole et la tortue s’enterre, les vacances se terminent et l’histoire recommence. Des mouvements presque insaisissables, ceux qu’Henri Michaux nommait les « microséismes intérieurs ». Ces gestes font sens, car ils incarnent le lien entre le corps et ce qui le dépasse, là où la finitude de l’humain peut se mettre en sourdine pour être au service de la poésie de l’instant. Comment saisir ce qui s’échappe, ce qui est ralenti, comment poursuivre les traces, comment peut-on attraper l’ombre, le silence, l’amour ? Hervé Walbecq et Marie-Aude Thiel créent avec douceur une bulle théâtrale et visuelle dans laquelle les enfants peuvent vivre l’expérience rare du bruit du temps.

 

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