© José Limongi

Bouleversé par la lecture de la pièce de Michel Marc Bouchard, le comédien brésilien Armando Babaioff a conjuré son ami Rodrigo Portella d’en assurer la mise en scène. Grâce aux précieux éclairages de l’auteur, Babaioff a signé une traduction de « Tom à la ferme » – en portugais « Tom na Fazenda » – qui a donné le coup d’envoi d’un projet au destin inespéré. Cela fait plus d’un an maintenant que le spectacle a entamé une tournée triomphale au Brésil, véritable pied-de-nez au tabou de l’homosexualité qui sévit dans le pays, et le FTA le reçoit tout naturellement pour ses premières dates internationales. Le parti pris tout en sobriété de Rodrigo Portella fait toute l’intelligence de sa mise en scène. Le plateau dépouillé ne laissant aux comédiens que leur corps et l’espace de jeu pour instruments, le texte se fait d’un écho percutant. Armando Babaioff et Gustavo Vaz déploient un jeu physique et brutal, « les deux pieds dans la terre » qui donne une épaisseur ensorcelante au duo sado-masochiste formé par Tom et le mystérieux frère de son amant disparu. Les métaphores bovines et autres effusions de fluides corporels renforcent l’animalité désespérée de cette relation douloureuse et funeste, à l’image du deuil impossible qui leur est à faire. On gardera à l’esprit la somptueuse cumbia macabre dansée par les deux hommes à l’aube du dénouement, véritable point d’orgue d’une direction d’acteur d’une justesse remarquable et sommet d’une rythmique exemplaire. On regrettera cependant que la virilité exacerbée des deux hommes masque par moments la complexité des sentiments qui fusent entre eux et occulte finalement une subtile sensibilité qui se dessine au loin sans jamais parvenir jusqu’à nous.

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