Les tandems du festival En Acte(s)

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Un plateau monté sur des tréteaux, deux projecteurs sur scène, une scénographie minimale, c’est dans une petite salle du TNP qu’a eu lieu la 4e édition du festival En Acte(s), dédié à l’écriture dramatique contemporaine. Maxime Mansion porte cette édition réussie dans un esprit d’ouverture, d’exigence et de convivialité.

La règle était la suivante : une commande est passée à un.e auteur.e qui a deux à trois mois d’écriture, puis un.e metteur.e en scène travaille sur le texte avec une équipe de comédiens pour une durée de douze jours maximum. La première semaine du festival a ainsi vu la création de cinq spectacles durant une heure environ. Une intégrale était proposée le samedi avec « Ouvreuse », de Julie Ménard, « Les Morts intranquilles », d’Aristide Tarnagda, « Chez nous », de Théophile Dubus, « Irrépressible », de Kevin Keiss, et « Un coin tranquille », de Thibault Fayner. Les spectacles présentés révèlent de façon touchante les inquiétudes de la jeunesse : difficultés à se définir, à entrer dans le monde adulte, à s’intégrer dans une réalité économiste capitaliste, quête de sens et d’amour ; il est question de drames affectifs et de blessures collectives sous le regard de personnages tantôt fragiles, tantôt combatifs, toujours avec une sensibilité à fleur de peau.

Dans « Un coin tranquille », Thibault Fayner dresse des portraits d’une grande finesse de différents personnages que l’on découvre reliés de près ou de loin par le départ d’une grand-mère atteinte d’Alzheimer. Son écriture se fait l’écho de la fragilité de la vie, des désirs et du temps qui passe. Les pièces « Ouvreuse » et « Irrépressible » se répondent quant à elles de façon étonnante : elles s’articulent toutes deux sur des personnages féminins de forte trempe et piétinent avec délice la figure de la jeune première. L’ouvreuse de Julie Ménard, frappée par la misère dans la rue, décide d’ouvrir un squat pour les plus démunis, tentant ainsi de redonner sens à sa vie chaotique, sur le plan tant matériel qu’affectif. Et dans « Irrépressible », c’est l’histoire d’une rupture brutale vécue par une jeune femme qui finit sa thèse de pharmacie où l’amour finit, contre toute attente, par triompher du repli sur soi et des différences sociales. « Chez nous » est une proposition plus formelle et clownesque sur la guerre, les angoisses souterraines où les comédiens sont des pantins enfermés dans les conventions sociales et incapables de parler de ce qui les préoccupe véritablement. Au milieu de ce programme français, la proposition du dramaturge burkinabé Aristide Tarnagda dénote : le rapport au politique n’est pas le même. Son écriture, plus shakespearienne, est hantée par la figure des grands hommes : le journaliste Thomas Sankara apparaît ainsi comme une figure absolue de la lutte anticoloniale et de la défense des libertés.

Le festival En Acte(s) prouve ainsi que l’on peut toucher juste avec des moyens légers. À l’heure où ce sont surtout des metteur.e.s en scène que l’on entend parler, il remet également la figure de l’auteur.e au centre du processus dramatique. C’est à ce titre un des rares festivals français avec La Mousson d’été (organisé par le théâtre La Manufacture de Nancy), qui s’attache à faire entendre les voix de jeunes auteur.e.s à travers la mise en place de tandems entre les auteur.e.s et les metteur.e.s en scène.

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