Alexandre

© Patrick Gheleyns

Si le spectacle de Matthieu Barbin « Totemic Studies » exhibe un faune, mi-homme mi-animal, Paula Pi évoque un sylphe dont la silhouette agile et preste se révèle peu à peu à l’œil du spectateur, plongé dans l’obscurité totale. La danse jaillit de l’ombre, dans l’atmosphère quasi immatérielle d’une forêt. Celle du Mato Grosso, la terre de l’indien Xavante, dont la voix enregistrée fut à l’origine du travail de la chorégraphe.

Les mots s’articulent, se décortiquent, se hachent et se mâchent, s’incorporant peu à peu par saccades, de façon presque mécanique. C’est alors que s’opère la métamorphose, dans la rencontre avec l’autre évoqué au début de la pièce, « l’homme Xavante ». Paula Pi traverse et transfigure ce corps et cette voix autres, traçant les lignes d’un parcours. Un « rituel masculin » dit-elle, se dépouillant de ses oripeaux jusqu’à la nudité, puis l’oubli de soi dans l’autre. La traversée des corps s’exprime chez Paula Pi par un travail de décélération, de dépliage du geste. Les strates se découvrent peu à peu, la parole s’épuise, l’exploration touche à sa fin. Un moment de poésie onirique, où l’autre et le même se tressent et se confondent.

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