TheATRIUM : À la recherche du contemporain

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© Dmitrij Matevejev

À Klaipeda, troisième ville du plus méridional des pays Baltes, se tenait le troisième rendez-vous festivalier de TheATRIUM, un show case made in Lituanie haut en (quinze) couleur(s), à l’éclat logiquement inégal.

Qui souhaite parcourir le vibrant TheATRIUM de fond en comble ira à la rencontre de quinze propositions ; il a fallu se limiter à neuf, un chiffre récemment expérimenté pour le « Generation After » polonais 3e édition, en mars 2019 (décidément). Tire-t-on quelque heureux résultat de la superstition ? Il faut dire que TheATRIUM a le soin de varier les âges et les écoles : d’un côté deux spectacles des pontes Koršunovas et Necrošius (dont le testamentaire et malheureusement décevant « Sons of a Bitch »), et de l’autre les expériences de l’« Art and Science Lab » (« The Things ») ou encore de l’Apeironas Theatre (« Stabat Mater »)… Qui, en réalité, ont tendance à satisfaire les goûts un peu moins que les couleurs. Deux courants perpendiculaires habitent en effet TheATRIUM : d’un côté un théâtre d’institution relativement daté, et de l’autre un théâtre d’expériences qui voudrait (un peu trop ?) faire partie de l’avant-garde. Or, les premiers ne sont-ils pas souvent les derniers ? On le critiquait récemment en Francechez le Zerep… Les Lituaniens auront certes l’avantage de leur âge, ils ont tout le temps de savourer leur recherche. Néanmoins, à TheATRIUM, il faut donc élever les propositions qui s’émancipent de cette dialectique temporelle – celles qui n’ont l’œil ni trop formolé ni trop décollé, bref : les spectacles réellement contemporains.

Trois d’entre eux se détachent du lot : « The Four Seasons », de la Šeiko Dance Company – une incantation chorégraphique sur une sublime version de la musique éponyme –, le très efficace « Therapies », écrit par Birutė Kapustinskaitė, qui se pâme peut-être un peu trop de son habile ficelage, et « The Door », par le Norvégien Jo Strømgren (à l’invitation du Lithuanian National Drama Theatre), dont le souffle magique renverse largement le festival. Il faudrait dire, par temps de cérémonie : voilà l’indubitable palme de TheATRIUM. Car Strømgren est de ceux – ô combien rares – qui sont au plateau comme dans la maison des morts : ses personnages, en chagrin d’être, hantent littéralement la scène. C’est-à-dire qu’il manie l’espace à l’excellence (« Où apparaître ? » questionne le fantôme) en le séparant on ne peut plus brutalement en deux : un mur – et la seule voie (apparente) pour traverser : une porte à la confluence de tous les drames. Encore et encore, les personnages s’ébrouent devant et derrière le mur : où est-on le mieux ? L’herbe est toujours plus verte à côté, surtout quand le vitrage permet de jalouser ce qui se passe derrière… Peu importe : il faut de toute manière se positionner face ou contre la scénographie, à la recherche incoercible d’un confort solitaire et d’une harmonie de groupe ; les scènes s’enchaînant alors dans un tempo effréné qui ne donne raison à rien d’autre qu’à la beauté du tempo lui-même. Car il ne s’agit pas tant au fond de trouver le meilleur côté que de continuer à remuer : à la fin, les immobiles seront confondus.

« The Door » rappelle tout à la fois le Blitztheatregroup (par ailleurs présent dans le programme international qui succède au focus lituanien), Znorko et plus largement l’école Schulz/Kantor. Comme pour tous les sus-cités, le moratoire est le meilleur éloge pour Strømgren : les tableaux philosophiques de « The Door » portent en eux leur propre telos émotif. Un ovni lituano-norvégien qui aura audacieusement recouvert TheATRIUM d’une temporalité autonome.

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