Au château du Feÿ, en plein cœur de la Bourgogne, il flotte cet après-midi-là un subtil mélange de tranquillité et d’inattendu : au cœur du classicisme apollinien d’un château du XVIe siècle, ainsi qu’au sein de la forêt qui l’enserre, se sont installées des œuvres d’art uniques – sculptures, performances, cinéma, musique- accompagnées par des moments gastronomiques, des tables rondes, des DJ sets.

De cette rencontre entre œuvres et espace naturel, entre fête et patrimoine, il émane un sentiment d’harmonie totale, entre excitation de l’hybridation et sérénité du mélange qui prend. Comme une mayonnaise éco-artistique, délicieusement agréable et surprenante. Le festival de Feÿ, manifestation multidisciplinaire dédiée aux arts, au patrimoine, à l’écologie, célébrait cette année, dans la chaleur d’un été prolongé, sa riche et réussie deuxième édition.

Installé au cœur d’un domaine de 42 hectares, le château du Feÿ devient, le temps d’un week-end, le laboratoire d’audaces artistiques, celles-ci s’incorporant au sein de cet écrin avec une spontanéité toute  organique. Cet « art relationnel » est au cœur des préoccupations du festival, qui promeut la nature non pas comme un simple décor mais comme partie prenante de l’aventure écologique et artistique. On a ainsi pu voir le fascinant performeur William Cobbing s’installer au cœur de la forêt, tête couverte d’un casque de glaise, former à l’aveugle, à partir de petite quantité de terre donnée par les participants, des faces et des visages, effigies imaginées, destinées, une fois cuites, à être échangés. Vision saisissante du sculpteur au milieu des arbres, transformé en homme de terre, en train de sculpter des visages dont lui-même se trouvait dépourvu. On a pu voir une sélection de films par et de Virgil Vernier dans les profondeurs souterraines d’une incroyable salle de cinéma – sorte de boyau-grotte en contrebas du domaine. Dispersées dans les salles et dans les jardins du château, une exposition « Bels Animal » rassemblait des artistes plasticiens de la scène contemporaine, donnant à voir le corps dans toutes ses potentielles métamorphoses – des démembrements organiques colorés, installés dans un habile jeu de contraste avec leur lieu d’exposition.

Un concert à même le cours de tennis du pétaradant groupe italien Itaca a fait danser follement un public d’autant plus survolté que partageant un même sol avec les artistes – on ne dira jamais assez à quel point l’absence de scène surplombante est un bienfait. Une performance itinérante dans la forêt, une baignoire en suspension, un dîner collapsologique, des rencontres sur la fermentation comme mode de consommation d’avenir ou sur les rapports entre art et anthropocène : foisonnant comme une fourmilière, calme comme les chênes centenaires qui l’abritent, le festival de Feÿ est un organisme vivant aux multiples semences, une grande réussite cellulaire.

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