Inventif et festif: le Michtô, les arts de rue côté qualitatif

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affiche du festival Michtô 14e éd. - (c) Pierre Galotte - Cie TITANOS

affiche du festival Michtô 14e éd. – (c) Pierre Galotte – Cie TITANOS

Faire ensemble et faire autrement, faire joyeux et faire généreux, autant de mots d’ordre qui pourraient être ceux du festival Michtô, organisé tous les ans à Nancy par le collectif entourant le MÊMO, lieu de fabrique pour les arts liés à l’espace public. S’y mêlent installations plastiques, arts de la rue, cirque et concerts. L’ambiance est étonnante et décalée, la liberté et l’expérimentation ont la part belle. Si cet événement populaire et ouvert connaît un tel succès tant auprès des professionnels que du public, dans le Grand-Est et au-delà, c’est que la programmation est très bien pensée, avec le souci de lier qualité et accessibilité.

Le programme du premier week-end était un fidèle reflet de ce que le Michtô offre en termes d’éclectisme. Dès l’ouverture, les arts forains étaient à l’honneur, avec la toute dernière représentation d’un spectacle créé en 2007, « Voyage au bord du bout du monde » de la compagnie Les 3 points de suspension. Hybride mêlant théâtre forain et cirque, accompagné de musique jouée en direct ou depuis un tourne-quatre-disques, ce roman d’aventures picaresque ne se prend pas au sérieux. De trucages à l’amateurisme assumé en cascades improbables, le spectacle dérape lentement mais sûrement vers un final explosif et réjouissant, où les voyageurs réchappés d’un affrontement avec de terribles moulpes partent finalement en fumée dans une gerbe de flammes. Absurde, truculent, débridé, visuellement créatif : à lui seul, ce spectacle résume bien l’esprit du festival.

Autre star du week-end d’ouverture, la compagnie américaine du Bread & Puppet Theater est revenue agiter les rues de Nancy. La troupe mythique avait fait les grandes heures du Festival mondial du théâtre, avec ses marionnettes géantes, son cheap art et son activisme politique. Le dimanche 6 octobre, les habitants de Maxéville avaient déjà pu participer à une parade ; le samedi 19, il s’agissait d’assister au « Card Board Celebration Circus », qui accueillait en son sein quelques membres de la troupe et beaucoup d’habitants des environs. Il y avait foule pour agiter les drapeaux, porter les masques, animer les effigies de 4 mètres de haut. Toujours politique, revendicatif et joyeux, le Bread & Puppet recycle ses thèmes favoris. Avec peu d’autres moyens que de la peinture et du papier mâché, la troupe arrive à créer des images fortes et touchantes, tel cet immense bateau dont les voiles se gonflent du chant « Je suis fils » entonné par cinquante voix.

Pour le reste du week-end, les propositions étaient variées, et propres à satisfaire tous les goûts, en extérieur ou sous chapiteau. Pas mal de clown, notamment le spectaculairement délirant « La cuisinière », de la cie Tout en Vrac. Du théâtre d’intervention, avec le très habile « M. Kropps » de la cie Gravitation qui bouscule gentiment le public. De la poésie simple et lumineuse avec les « Conférences de poche » de la cie NOKILL. De la marionnette foraine touchante avec « Le petit musée des contes de fées » de l’Illustre Famille Burattini. Et des concerts pour secouer les soirées, comme le set absurde des Infecticides au son techno-new-wave jouissif.

Le Michtô, c’est finalement aussi et surtout un corps et un esprit. Le corps, c’est le collectif, regroupement d’artistes de tous horizons, rassemblés autour du MEMÔ. L’esprit, c’est l’expérimentation perpétuelle, la volonté de faire spectacle partout et tout le temps du festival : en témoigne la scénographie étonnante qui se renouvelle à chaque édition. Par exemple, cette année, l’une des baraques était transformée en hôtel, avec jacuzzi et room service, en plein cœur du festival. Les chambres au confort spartiate étaient décorées de peintures fluorescentes, naïves et psychédéliques. Un projet tout entier au service du plaisir et du décalage, pour rêver loin des réalités quotidiennes !

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