Biennale d’art flamenco : un battement universel

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Ana Morales © Benjamin Mengelle

« La distance dans l’espace et dans le temps n’a pas de prise.  Il existe beaucoup de forme d’expression mais un seul battement universel. » Cette déclaration de la danseuse Eva Yerbabuena résume l’essence de la quatrième édition de la Biennale d’art flamenco de Chaillot.

Le flamenco est un art, et chaque artiste apporte une vision originale et singulière, ancrée dans un flamenco traditionnel ouvert aux influences artistiques et musicales de toutes origines. Ainsi, David Coria accompagné notamment par le chanteur David Lagos, propose, avec son « Fandango », un flamenco théâtral, à la fois fantasque, brillant et exubérant. Des instants de pure beauté visuelle. Avec Olga Pericet, et « La Espina que quiso ser flor ò la Flor que sonõ con ser bailaora », se produit une fabuleuse interprète et chorégraphe d’un flamenco gai et absurde. La scène d’ouverture, durant laquelle la danseuse espagnole essaie diverses paires de chaussures éparpillées au bas d’une tige de rose géante vert fluo, simplement éclairée par un rayon de lune, semble directement issue d’un « En attendant Godot » musical. Une performance jubilatoire.

Avec une vision d’un flamenco plus classique, très noir, mais incroyablement innovant, Eva Yerbabuena avec « Cuentos de Azucar », s’est associée avec la chanteuse japonaise Ana Sato. La voix sublimissime de cette dernière, sur des chants traditionnels japonais, s’accorde, de façon inattendue, aux sonorités douloureuses et répétitives du flamenco. Toute la poésie de ces deux cultures s’exprime ainsi dans ce duo improbable et pourtant évident. Il faut aussi insister sur l’incroyable « expérimentation » présentée par Rocio Molina, avec « Impulso », extraordinaire ambassadrice d’un flamenco moderne, sexuel et transgressif (à l’instar de sa performance « Grito Pelao – « cri écorché » jouée toujours à Chaillot en 2018). Durant plus de trois heures, Molina danse, propose, expérimente, en invitant des musiciens et danseurs de flamenco mais aussi des artistes d’autres horizons. Il en résulte un moment de complémentarité et de grâce avec notamment les prestations de Rosalba Torres et de François Chaignaud. Lorsque que la voix de ce dernier envahit l’espace, dans une sorte de chant sacré, l’énergie, la passion et la sensualité de la danseuse espagnole s’intègrent naturellement, les deux artistes formant alors un duo hypnotique.

Il faut enfin évoquer cet autre flamenco, où la danse accompagne la musique et non l’inverse (même si le final fait intervenir la danseuse précise et puissante Karime Amaya), représenté par le sextet du brillant guitariste Tomatito. Ce dernier est accompagné notamment de son neveu Jose Del Tomate et du percussionniste El Pirana qui, avec son cajón et ses sonorités jazzy, insuffle des instants de légèreté et de gaieté dans la musique du guitariste d’Almeria. La distribution brillante de cette biennale démontre une nouvelle fois la vitalité et l’universalité du flamenco, battement définitivement universel.

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