Comment c’est laid

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Florilège beurk

Florilège beurk

« L’affiche est moche, mais le bouche à oreille fonctionne », me dit-il. Une goutte de sueur tombe sur son tract, c’est vrai que le visuel est pas terrible, ça fait amateur, inélégant. En plus, dessus, il y a des mots partout, les textes sont aux mauvais endroits, dans des tailles illisibles et des couleurs qui n’ont jamais été ensemble, mais pas de chance on voit quand même ce qu’il y a dessous. Le style, c’est déjà vu, il n’y a pas d’idée, si ce n’est celle de faire quelque chose qui existe déjà, une sorte de pastiche qui a décidé au dernier moment de se prendre au sérieux. Je reconnais là en professionnel les raisons qui ont mené à ce machin : plusieurs personnes sont intervenues dans la composition. J’imagine même les ultimes moments de la fabrication du fichier. La petite cousine du metteur en scène est assise derrière l’ordinateur qu’elle a eu à Noël, il est 1 heure du matin et, debout, à toucher son écran avec leurs doigts, trois personnes donnent leur avis, essaient d’influencer, se vexent, imposent. Résultat, il faut contenter tout le monde et l’aberration prend forme. La petite cousine a pourtant du talent, une vision, quelque chose d’original à elle, mais là elle craque, renonce. Cette scène finale se reproduit quotidiennement dans les agences de publicité et explique la pollution visuelle. Le mauvais goût est un processus collectif. C’est quand ce que l’on nous donne à voir n’a plus de personnalité. Au commencement est l’exigence de l’efficacité esthétique, et puis tout le monde y met son grain de sel, intervient avec ses modifs, chacun sait mieux que les autres ce qui marche, ce que les gens aiment, ce que le client va acheter, et la directrice artistique, à qui l’on devait faire confiance, se retrouve dans le rôle de la petite cousine. Écoutez la supplique, mon œil saigne, pour vos prochaines affiches, faites confiance à ceux qui sont uniques.

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