Le marché de l’humour

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Bientôt le Krach ?

« Et voici maintenant les cours de notre seconde liste : Les Chevaliers du Fiel : + 1,2 %, en petite hausse ; Jean-Luc Lemoine : – 0,2 %, stable malgré quelques prises de bénéfice ; Fouad : – 3,2 %, en net repli ; Kevin Ra… » La voix de Jean-Pierre Gaillard en direct de la Bourse d’Avignon égrène la cote des humoristes qui composent le CLAPCLAP 40, l’indice le plus rigolo du festival. L’humour est un pilier de plus en plus épais du OFF, et même il fait du gras, c’est une valeur refuge avec un rendement rassurant. Comme dans la publicité, où la première intention est souvent, par facilité, de faire sourire pour mieux accrocher les esprits, la blague envahit la cité dans des proportions bizarres. Explosion de l’offre en réponse à la demande, disent les spécialistes, qui constatent que si les humoristes pullulent c’est parce que les conditions d’un marché sont réunies. Notre envie d’échapper au quotidien rencontre celle des comédiens qui se sentent le talent de nous débloquer et qui nous proposent ce qui s’apparente finalement à une sorte de psychanalyse en public. Du théâtre classique en somme, quoique la catharsis reste légère, peu profonde, vite consommée, vite oubliée, vite effacée par le rire suivant. Car la qualité a du mal à suivre. La quantité de spectateurs potentiels est trop grande pour qu’on s’embarrasse de subtilités vraiment percutantes, et – horreur –, quand on est en haut de l’affiche, on cherche le consensuel pour ne pas se planter. Cela s’appelle le « nivellement par le bas », c’est une autocensure, comme lorsqu’une marque veut parler au plus grand nombre sans vexer personne. C’est le paradoxe, la bizarrerie. Obtenir des rires en récompense d’avoir nommé et brisé un vrai tabou est économiquement trop hasardeux pour qu’on se lance. Une bonne pub, un bon spectacle est une perle courageuse, une rareté que l’on serait pourtant même prêt à revoir parce que ça change du reste.

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