Viola à Bilbao : de l’écrin à l’écran

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Qui n’a jamais vu le Guggenheim posé sur les rives du Nervion ne peut pas se figurer la façon dont un amas de tôles, de feuilles en titane, peut donner à voir à des yeux innocents un objet magique. Le musée de Bilbao, nouvelle terre d’asile pour l’art contemporain, fête cette année ses 20 ans (et oui, déjà !), et nous accueille en pays basque pour l’inauguration de la grande rétrospective sur Bill Viola. Et c’était déjà écrit car Bilbao = Bil(ll) + (Vi)ola, pour les mathématiciens imparfaits que nous sommes, n’est-ce pas…

Quoi de neuf ? Voilà la question que le visiteur pourrait se poser avant sa visite, lui qui a déjà parcouru les salles du Grand Palais où en 2014 le vidéaste bénéficiait d’une exposition hors-norme, au vu du nombre d’œuvres exposées. Les éléments de réponse sont pourtant pléthoriques. Le corpus moins conséquent nous laisse le temps de nous faire digérer par quelques-unes des œuvres les plus puissantes de l’artiste. « Slowly turning narrative« , première installation à laquelle on se confronte, est un véritable pacte de lecture avec le visiteur. Un grand panneau rectangulaire évolue autour d’un axe fixe placé en son milieu. D’un côté du panneau une vidéo et de l’autre un miroir qui renvoie notre image défigurée, marque d’une néantisation, par soubresauts, du réel. Les troublantes et brûlantes transfigurations sont donc à venir ! Le parcours espagnol réussit à retranscrire efficacement la mythologie personnelle de l’artiste. L’histoire de Tristan et Iseult est reprise dans plusieurs salles, « Night Vigil » et « Tristan’s Ascension » sont ainsi incontournables. Quant à « Fire woman », œuvre emblématique de Viola, elle prend une toute autre ampleur dans le décor de Gehry, alors visible dans une salle triangulaire qui s’apparente à une chapelle muséale. Récipiendaire de l’essence artistique du vidéaste, l’œuvre explore le passage du feu à l’eau, les zooms exagérément travaillés se fixent sur les turbulences marines. Par un jeu d’écho, on croirait lire dans l’image, et dans les ondes mécaniques qui deviennent des ondes de choc, les bandes magnétiques sur lesquelles se fixe le travail de l’artiste, brassage méta de l’artistique et du technologique.

On serait alors tenté de dire que le Guggenheim est un écrin pour une si belle exposition, mais le mot ne convient pas ici ; trop précieux pour un bâtiment déstructuré, brinquebalant, véritable mirage contemporain. On dira simplement que la répartition des salles pensée par Gehry augmente et complexifie de façon savoureuse notre visite – adéquation merveilleuse entre le mouvement giratoire de l’œuvre présentée au début de l’expo, et la trajectoire tournoyante que l’on accomplit pour passer de salles en salles. Cette marche gyroscopique ne peut que s’accorder à l’esthétique cyclique du vidéaste, qui a pour fondement même l’enchaînement infini du début et de la fin, de la vie et de la mort. Et quoi de mieux alors que de terminer par le visionnage d' »Inverted Birth » qui réécrit de façon triviale la théorie des humeurs. Un dernier conseil pour errer habilement au milieu de toutes ces vidéos : ralentir pour y découvrir un état larvaire du monde.

A Bilbao, le Guggenheim, dirigé d’une main de maître par Juan-Ignacio Vidarte, n’est donc pas qu’harmonie – bien heureusement – mais est surtout le fruit d’une pensée cohérente. Le rendez-vous est donné à la mi-octobre de cette année pour célébrer un anniversaire en grande pompe, où l’on assistera avec joie, entre autres, à un video mapping sur les murs du musée. Histoire de se donner une bonne excuse pour revenir.

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