(c) Christophe Raynaud de Lage.

C’est au cœur de la Charente que la Maison Maria Casarès, dirigée par Johanna Silberstein et Matthieu Roy, accueille pour sa saison estivale plusieurs propositions théâtrales faisant la part belle aux écritures contemporaines. Au programme de cet été, trois formes qui se jouent à la suite, à regarder d’une traite ou non, selon le temps que l’on pourra passer dans le beau domaine de la Vergne où se niche la maison ayant appartenu à la célèbre comédienne.

Les deux spectacles principaux, créations de la Compagnie Veilleur – dirigée également par les deux directeurs du lieu – « Qui a peur du loup ? » d’après Christophe Pellet (à l’heure du goûter) et « Macbeth » (à l’heure du dîner), se distinguent par une utilisation extrêmement ingénieuse d’une scénographie unique, se faisant tour à tour le décor d’un conte initiatique et des affres de la folie meurtrière de Macbeth. Passant avec brio d’un spectacle jeune public à une pièce classique (bien que donnée dans une version quelque peu expurgée), les comédiens de la Compagnie Veilleur nous transportent ainsi dans deux univers très distincts qui fonctionnent pourtant comme un diptyque, conduits par la même forme ciselée et ambitieuse imaginée par Matthieu Roy, dont les clés de voûte sont l’immersion auditive du spectateur et l’introduction de la musique contemporaine au sein de la création théâtrale, allant vers l’ambition d’un art total. Collaborant avec l’ensemble contemporain Ars Nova, le metteur en scène fait ainsi de la musique un personnage à part entière des deux spectacles à la fois par la présence de trois chanteuses lyriques, mais également par le biais de la musique live qui parvient, par les casques dont chacun sera muni, au plus près du spectateur. En résulte une expérience originale où personnages et chanteuses viennent nous murmurer à l’oreille et nous entraînent dans un univers où par les pouvoirs de la voix, l’inquiétante étrangeté se fait – presque – intime, où la pointe d’inquiétude que l’on pourrait ressentir face à la folie meurtrière d’un Macbeth est désamorcée par la profondeur du grain de la voix du comédien (Philippe Canales) qui se place au plus près de nous. « Qui a peur du loup ? » et « Macbeth » apparaissent ainsi comme deux expériences très probantes de théâtre dit « immersif », nous guidant avec délicatesse dans les confins d’un imaginaire de conte, fait de sorcières et de loups, parlant à nos peurs d’enfants comme à nos peurs d’adultes.

Entre ces deux créations denses, à l’heure de l’apéritif et dans une atmosphère plus légère, on aura l’occasion d’écouter une lecture en plein air de « Gros », de et par Sylvain Levey. Cette pièce enjouée, d’inspiration autobiographique, entraîne dans la vie d’un « petit gros » – que l’on connaît tous et que tout le monde est ou a été un peu, chacun à sa manière – des difficultés de l’enfance à l’acceptation progressive de soi à l’âge adulte, en passant par la découverte de la politique, de l’amour, et bien sûr, du théâtre. « Gros » est ainsi une pièce extrêmement touchante, portée par une langue poétique non dénuée d’humour, lue beaucoup de sensibilité par son auteur. La pièce sera d’ailleurs prochainement montée par Matthieu Roy.

Entre les spectacles, on en profitera également pour visiter la maison, conservée à l’identique (voir notamment la belle bibliothèque de Maria Casarès, remplie de bibelots et de vieilles affiches du Festival d’Avignon) et pour écouter, dans chaque pièce, des bribes de la célèbre correspondance amoureuse entre la comédienne et Albert Camus. On sortira ainsi de ce voyage théâtral à la Maison Maria Casarès impressionnés par l’ambition du projet général, dont le cadre bucolique du lieu ne gâche rien, ainsi que l’attention portée à l’inscription de l’ensemble dans le territoire local sans rien négliger de la recherche artistique. Une visite pleine de richesse à faire au cœur de l’été !

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