Campement Scientifique, au c(h)oeur de la recherche

Par

Dans la petite ville d’Apt, un « Campement Scientifique » dépliait à nouveau sa tente, cinq ans après une première édition déjà organisée par le Groupe n+1 des Ateliers du Spectacle. L’occasion de parcourir un ensemble d’actions culturelles et artistiques suffisamment déjantées pour que l’on s’égare avec goût au c(h)oeur de la recherche, sous l’impulsion de la nébuleuse « médote ».

La médote, ou le miroir déformant de la « méthode » : pas son contraire, mais une méthode dont le « h » s’est bizarrement soustrait pour libérer l’intuition motrice qui habite le chercheur scientifique. Une manière de travailler bien à lui ; ce qui s’ourdit d’imprécision exultante dans le chemin vers la découverte. Chaque dispositif de « Campement Scientifique » l’explore d’une manière résolument ludique : les « expéditions », au nombre de trois (neuropoétique, quantique, archéologique) transforment la ville une fois en cerveau, une autre en terrain miné de particules, ou encore en objet grandeur nature de fouilles ; les « impromptus », quant à eux, mêlent un chercheur et un artiste dans un format qui rappelle par certains aspects seulement les Binômes de la compagnie « Le Sens des Mots » ; et le grand banquet, en l’honneur de la fameuse « médote », déploie, entre autres exercices « d’hodologie » (pour « l’art du déplacement »), un choeur de soundpainting improbable dans lequel les chercheurs unissent leur voix pour entr’ouvrir rien qu’un peu de l’étincelle à tête chercheuse en eux.

Car tout le « Campement Scientifique » a le mérite de rapprocher la figure du chercheur, si souvent mythifiée, de l’humain : « il est là, il a un corps il est près de nous », souffle-t-on, presque surpris. À tel point qu’il suscite une toute autre émotion pour le spectateur (qui est toujours un peu participant chez les n+1), recevant brutalement la modestie de ceux que l’on imagine d’habitude suspendus à leurs clichés filmiques. C’est une « recherche fondamentale », pourrait-on dire pour pasticher le genre : elle permet de pénétrer à fond le domaine ludique. De sorte qu’en l’espace de 24 h, l’on pourra simuler une expérience quantique en lançant des balles en mousses sur des particules pour un temps très humaines, afin de comprendre la superposition des états, avant d’écrire un poème express sur l’impression quantique, en passant par divers chants et danses cérémoniés entre deux plats servis par l’équipe pour l’occasion sertie de tabliers rouges, qui se marient goulûment à l’ambiance mi-indus mi-gala du très beau Vélo Théâtre.

C’est en ce sens que « Campement Scientifique » relève d’une incertitude fondatrice entre action artistique et médiation culturelle : la science se vulgarise avant tout ; elle se sublimera parfois. Il ne s’agit pas de formes « depuis » la science — de celles qui modifient leur dramaturgie par ce qu’elles apprennent du domaine de la recherche (il faudrait voir pour cela les spectacles du Groupe) — mais d’un festival « pour » la science, qui ravira surtout l’amateur de la recherche… Car c’est elle qui oeuvre en-deçà : le désir de chercher individuellement et en choeur, et aussi en-deçà ce qui anime le désir. Chercheurs et artistes s’y retrouvent le mieux quand leurs expériences se fondent l’une dans l’autre : ainsi de l’expédition neuropoétique dans laquelle Marie Chéné poétise les explications neuronales et linguistiques d’Antoine Depaulis et d’Hélène Loevenbruck. Car, faut-il le rappeler, « Campement Scientifique » s’inscrit dans le tissu aussi signifiant que crucial entre art et science… La « fête de la science » nationale se tenait précisément le 12 octobre dernier : à Apt les lampadaires étaient exceptionnellement éteints. Alors, gageons sans l’ombre d’un doute que le festival des Ateliers du Spectacle participe lui aussi à « rallumer les étoiles ».

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par