Au Festival d’Avignon, on y danse, on y danse

Par Amélie Blaustein Niddam

Depuis son entrée au répertoire du festival, en 1966, la danse est devenue le vecteur de la modernité à Avignon.

Maurice Béjart

D.R.

Maurice Béjart

En 1966, Jean Vilar, conscient de la nécessité de s’ouvrir à d’autres formes d’art, invite Béjart pour deux programmes en dix jours : « Erotica » et le « Boléro » dansé par Duska Sifnios. L’année suivante, le règne Béjart continue son œuvre avec une danse libérée des carcans. Sur une musique de Pierre Henry, il ose amener du texte : Gautama le Bouddha, Nietzsche… pour une célèbre « Messe pour le temps présent ».

Pérenniser

La mort de Vilar n’y changera rien, la messe était dite, le temps présent était là. La Cour d’honneur voit danser le meilleur. L’immense plateau de 800 mètres carrés est alors le réceptacle de la post modern dance : Alvin Ailey, Carolyn Carlson (« Les Fous d’or ») ou Merce Cunningham (« Events »). L’école du spectateur a formé ses troupes, le public d’Avignon est prêt à des radicalités qui deviendront le néoclassicisme. En 1972, Anne Béranger fait le lien entre les chorégraphes. Pour son tragique « Antigone », Claire Motte, Maguy Marin et Dominique Borg dansent, et la chorégraphie est de Carolyn Carlson. Le geste ne fait pas mentir Béjart, qui voyait à Avignon : « Toutes les tendances et qui ne serait plus du théâtre parlé, ni du ballet ni de la musique ou de l’opéra, mais où il y aurait tout cela à la fois. »

Pina Bausch

Les années 1980 et 1990, marquées par les directions de Bernard Faivre d’Arcier (1980-1984 et 1993-2003) et d’Alain Crombecque (1985-1992), sont dans la mémoire collective du festival associées à un prénom : Pina. La regrettée arrive à Avignon avec « 1980 ». Ce spectacle où l’action se déroule dans un pré est lié à un drame : la mort brutale de son compagnon, également scénographe du Tanzheater Wuppertal, Rolf Borzik. Les spectateurs le sauront vite, avec Pina la mélancolie est joie. Et ce seront alors les files indiennes qui circulent dans le public. Et Avignon verra « Nelken » (1983), « Café Müller », « Le Sacre du Printemps ».

Performer

Avec le millénaire, les spectacles viennent secouer le public. Pour n’en citer qu’un, rappelons le choc Fabre, alors artiste associé (2005). Pour beaucoup, des œuvres phares comme « Je suis sang » ou « Histoire des larmes » restent incomprises. Et pourtant, le Flamand n’aura fait là que mettre en vie la peinture baroque. Autre symbole, en 2011. Boris Charmatz, danseur et chorégraphe et artiste associé, comme avant lui Josef Nadj. Anne Teresa De Keersmaeker nous convie à « Cesena ». 4 h 30 du matin. Le public est au rendez-vous pour assister à ce qui fera date : la contemplation du passage de la nuit au jour. Le geste s’associe à l’ensemble vocal Graindelavoix, que dirige Björn Schmelzer. Une traversée du temps.

Regarder dans le rétro pour la danse à Avignon nous amène toujours dans LA cour (Jérôme Bel en a fait un spectacle), et à demander pardon pour les absents : Bill T. Jones, Galván, Thomas Lebrun (entre autres…). « De Maurice à Boris », avait titré l’expo à Vilar. Eh bien, de Maurice à Boris, la danse est devenue rituel sans jamais s’encroûter. Elle choque, dérange, marque de ses images. En 2015, Gaëlle Bourges et Eszter Salomon ne laisseront personne indemne.