I/O n°67 [édito] : Dis, quand reviendras-tu ?

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Petit détour métaphorique via Claude Louis-Combet ; toute ressemblance avec des personnes existantes pourra être considérée comme fortuite. Car après tout, ces jours-là ne furent pas très différents des autres jours. Depuis quelque temps, elle avait découvert que son cœur l’avait quittée. Elle s’en était aperçue certaines nuits estivales où, cherchant à s’endormir et ne pouvant trouver le sommeil, elle avait glissé sa main et avait senti à la place un grand vide où plus rien ne battait. Le précipité d’un désert. Un enclos d’absence et d’immobilité. Elle serrait sa main contre sa poitrine et sa poitrine ne répondait pas ; comme quand on veut s’emparer de quelque chose d’infiniment précieux et le retenir malgré lui. Mais elle s’apercevait alors qu’il n’y avait rien, qu’il n’y avait plus rien, qu’il n’y avait peut-être jamais rien eu. Et elle recommençait aussitôt, car une telle évidence est humainement insupportable. Elle avait passé toute la nuit et d’autres jours encore à quêter la présence de son cœur, et comme elle n’entendait plus aucun mouvement et que là d’où, jadis, montait toute la chaleur de sa vie, tout l’enthousiasme de la découverte, s’étendait une zone inerte, elle avait compris que son cœur l’avait quittée, qu’il l’avait abandonnée, qu’il s’était enfui, ailleurs, loin de son corps. Elle avait d’abord pensé à une absence. Mon cœur s’est éloigné, se disait-elle. Mais il me reviendra. Je suis sa base. Son fief. En exil, un seigneur ne reste pas longtemps un seigneur. Il lui faut revenir sur ses terres. C’est là qu’il règne. En elle toutefois, cette affirmation provoquait comme la présence de l’absence : il ne lui restait d’elle-même que le souvenir d’avoir eu un cœur et de l’avoir perdu. Puisse alors les chamans du beau, présents ces temps-ci sur ses terres, lui montrer la voie vers son cœur égaré. Puisse la puissance des mots et des idées lui donner l’envie et le courage de se battre à nouveau. Puisse la magie ancestrale des plateaux convertir l’aride en champs de fleurs, le presque-déjà-mort en toujours-de nouveau-vivant.

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