I/O n°62 [édito] : Sérendipité

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Alors, oui, dans les rues de Fourvière, depuis 1946, on croise aussi bien Paolo Conte que Bob Wilson, Yannick Noah que Robert Lepage. Arcade Fire côtoie Julien Doré et Les Chiens de Navarre, Laurent fucking Gerra. Édouard Herriot, en docte agrégé de la IIIRépublique, l’aurait déjà démontré à l’époque : Lyon n’est-elle pas la ville de Lug Samildanach, le dieu aux visages multiples, le polytechnicien, l’artiste insaisissable… ? Mais Lug, c’est d’abord l’éditeur lyonnais de notre enfance, celui qui, en pleine révolution érotique de 1969, se bornait à publier les aventures des Quatre Fantastiques et du Surfeur d’argent. Au même moment, ce dernier existait dans notre réalité sous l’avatar du blondinet Brian Wilson : il avait troqué sa vitesse hyperluminique pour un magasin de compléments alimentaires à Hollywood, mais la planche de surf était restée intacte. À force d’ingestion de radis bio et de vitamines, il allait produire l’un des meilleurs albums des Garçons de la plage, rivalisant avec le séminal « Pet Sounds » rejoué cette année au Grand Théâtre de Fourvière. Sur la couverture de « Surf’s Up », un Don Quichotte recroquevillé au bord du précipice : sans doute la prise de conscience qu’une époque s’achève, en 1971 déjà, mais aujourd’hui tout aussi bien, comme quoi l’Apocalypse se trouve dans l’éternel présent. Et l’on serait étonné d’apprendre que la Révélation est peut-être cachée dans les paroles de Vianney : « Mais t’es pas là, mais t’es où ? (Pas là, pas là) / Mais t’es où ? (Pas là, pas là) » Comme un écho au tsimtsoum des kabbalistes, l’absence d’un Dieu que n’aurait pas reniée Emmanuel Levinas.

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