Camille Bernon et Simon Bourgade : « Change me »

Par Camille Bernon et Simon Bourgade

@ Benjamin Porée

Avec « Change Me », il s’agit de porter sur scène un sujet encore tabou aujourd’hui : la crise identitaire vécue par quelqu’un né dans le sexe biologique qui ne correspond pas à son genre, et le scandale que cela provoque.Montrer comment – parce qu’on a toujours censuré, nié ou marginalisé cette partie de la population – la même histoire n’a eu de cesse de se répéter ; comment, parce qu’elle a été occultée, cette histoire est toujours à l’œuvre, depuis Ovide jusqu’à nos faits divers contemporains ; et combien elle a été à chaque époque source de violence.Faire une plongée jouissive et désespérante dans une soirée d’adolescents qui tourne au drame, parce qu’il faut que notre société regarde ses enfants, et qu’il faut les regarder comme ils sont et non comme nous voudrions qu’ils soient.Nous voulons créer des spectacles en réponse aux nécessités de notre présent, à ce qui est latent et qui forme la matière de nos vies.Faire vivre aux spectateurs des expériences intimes, sensibles, organiques.Que chacun puisse entrer dans nos spectacles « comme on entre dans une boulangerie », ne laisser personne sur le carreau sans pour autant en rabattre sur notre exigence.Répondre à la soif de ceux qui sont venus, et, s’ils l’ignoraient, leur rappeler cette soif et tenter de l’étancher.Faire un feu lumineux et chaud au milieu de cette vaste et sombre forêt : essayer d’en faire un, nous aussi, pour ceux qui sont venus.Mettre les mains dans la boue.Se refuser au nihilisme et au pessimisme, mais avec la plus grande bonté possible, donner de la force à celui qui est là, qu’il sorte de nos spectacles avec une énergie renouvelée, une énergie de vie, l’envie de faire de grandes choses, de se redresser.Ne pas avoir peur du chaos ni de la violence mais leur donner une place dans nos existences. Préserver le plus possible notre espace de création, qui échappe à la logique marchande, ne pas devenir juste des produits, se battre férocement contre ça, contre le « bien de consommation culturelle ». Résister au milieu professionnel qui cannibalise les jeunes gens avant même que leur art ait eu la moindre chance de se déployer. Imposer son temps. Ne pas avoir peur de perdre ce qu’on nous promet, mais conserver le premier rapport à notre art, lorsqu’on n’avait rien, et que nous étions seulement mus par la nécessité de parler.

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