Roman Jean-Elie : « Hamlet »

Par Roman Jean-Elie

DR

Le projet de « Hamlet » est né d’une commande pour le Festival international de Spoleto en juillet 2016, qui avait pour thème « Shakespeare ». Trois contraintes s’imposaient : le spectacle devait comporter au maximum cinq acteurs, il ne devait durer qu’une heure et nous disposions de cinq jours pour le créer. J’ai donc décidé avec cinq camarades de ma promotion du CNSAD de monter « Hamlet » en cinq jours. Le fait que nous ayons aussi peu de temps nous a obligés à très vite aller au plateau et trouver une mise en jeu claire. J’ai proposé comme point de départ que chacun prenne en charge un acte de la pièce dans lequel il joue « Hamlet ». Ainsi, très vite, nous avons pu questionner cette pièce par l’acteur, ce qui a permis de faire éclore un thème majeur de la pièce : le rapport au jeu et à l’enfance. Aujourd’hui, je m’interroge beaucoup sur ce que peut le théâtre. Est-ce que rester deux mois dans une salle à construire un spectacle peut vraiment avoir un effet sur le monde ? Est-ce qu’il faut avoir un effet sur le monde ? Quel est le lien qu’entretient le théâtre avec la vie ? Je crois qu’il faut créer des ruptures pour se raccrocher à l’essentiel. À peine sorti du conservatoire, je vois que tout nous pousse à entrer dans un circuit déjà tracé : passer des auditions, faire nos heures, répéter deux mois puis jouer deux semaines, puis faire venir des pros pour revendre d’autres dates… J’ai l’impression que souvent cette peur de « ne pas avoir de projet » nous empêche de questionner véritablement le théâtre. Autour de moi, beaucoup d’autres initiatives que des spectacles se créent ; plusieurs amis de ma promotion ont monté des festivals, nous sommes partis cet été jouer un spectacle itinérant en Arménie, je prépare un spectacle en Grèce avec des habitants d’une île dans le cadre d’un festival que Solal Forte, un ami de ma promotion, a créé… Je crois que nous gagnerons à jeter des ponts entre l’artistique et l’administratif pour pouvoir continuer à penser et à questionner cette frontière entre l’art et la vie.

  • 17
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    17
    Shares