Anamnèse

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Il fut une époque où le calendrier républicain l’affirmait sans ambiguïté : le 2 novembre est le jour de la macre, coincé entre celui du salsifis et celui du topinambour. De cette châtaigne d’eau contrite qui a disparu de nos assiettes, il ne reste plus rien dans la psyché collective. C’est que novembre, mois des oubliés et des morts, est assurément le mois de l’anamnèse : qu’est le théâtre si ce n’est la reconstruction collective du verbe dont est faite la chair du réel ? Ce retour à soi et aux sources n’a ni frontières ni géographie. Il advient partout, sur les plateaux du Festival d’automne à Paris, mais aussi de Suisse ou de Belgique, où nos pas se sont arrêtés pour une villégiature éphémère. Qu’il s’agisse de beauté mélancolique chez Deflorian et Tagliarini, de catharsis de la violence chez Milo Rau, de tristesse et de joie girafières chez Thomas Quillardet ou de transfiguration chez Anne Teresa De Keersmaeker, la représentation de nos souffrances est douce-amère. Mais comme disait Georges Perros, l’homme est impensable qui n’éprouve pas, tous les jours, fût-ce un quart d’instant, le vide, l’impossibilité à vivre. C’est de cette impossibilité que jaillit l’offrande propitiatoire faite aux dieux de la scène. Car le théâtre est la preuve que la vie ne suffit pas.

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